Nyaope et autres drogues dures : les poisons de l’Afrique

Depuis la fin des années 80, l’Afrique est devenue l’une des zones de transit les plus importantes au monde pour les organisations de trafic de narcotiques. Bien que l’entrée massive d’argent sale provenant de la vente de stupéfiants entraîne de graves problèmes dans bon nombre de pays africains  – comme celui de la corruption de la classe politique, de la police et même de la justice- , les polices du continent font preuve d’une relative inefficacité dans l’enrayement de la chaîne de ces trafics. Si le cannabis reste de loin la substance la plus populaire, l’inertie des gouvernements a laissé l’Afrique aux mains de trafiquants de drogues bien plus dures et destructrices pour la population. Au fil des années, la vente et la consommation sur le sol africain de dangereux stupéfiants tels que les amphétamines, l’ecstasy, l’héroïne ou encore la cocaïne ont grimpé en flèche, arrachant des milliers de vies sur leur passage.

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© Jeff Pachoud/AFP

L’une des dernières drogues de synthèse à la mode en Afrique du Sud porte le mystérieux nom de Nyaope. Cette poudre blanche n’est rien d’autre qu’un cocktail explosif mortel, mélange d’héroïne, de marijuana, de méthamphétamines, de mort aux rats et parfois même, selon certains vendeurs, d’antirétroviraux destinés aux consommateurs atteints du VIH. A deux dollars la dose, la nyaope est particulièrement addictive et a des effets hallucinatoires dévastateurs dans les townships, ces bidons-villes d’Afrique du Sud.

Une porte ouverte au VIH

Hautement addictive et ciblant les quartiers les plus pauvres, les drogues dures comme la nyaope poussent les consommateurs à la délinquance, ces derniers n’ayant d’autres choix que de voler afin de se procurer leur dose quotidienne. Ils se renferment socialement et finissent souvent à la rue, expulsés de chez eux par leurs familles qui craignent les représailles des autorités. Sans toit et avec pour seul cercle social leurs dealers et d’autres consommateurs, la plupart de ces individus n’osent avoir recours aux services de santé dont ils auraient besoin et prennent ainsi le risque d’être infectés par le VIH ou l’hépatite C. La consommation de drogues par voie intraveineuse et l’utilisation de seringues non stériles accroissent par ailleurs dangereusement le risque d’infection. C’est ainsi que l’usage de stupéfiants a été l’un des facteurs facilitant grandement l’épidémie de sida qui s’est abattue sur la Tanzanie et le Kenya à partir des années 90.

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© Alliance DPA

Le phénomène n’épargne pas le Nigeria, où la consommation de drogues est proportionnelle au nombre de personnes contaminées par le virus du VIH. Mais le commerce de la drogue engendre bien d’autres maux. Il joue notamment un rôle particulier dans l’instabilité politique qui touche des pays de l’ouest africain tels que la Guinée-Bissau et le Mali. Sans initiatives de prévention de la part de la société civile ou de l’Etat, sans réelles actions policières efficaces, le trafic de drogues  continuera donc à nuire profondément aux institutions et à détruire la santé publique.

Le poids de la dette

Si le poids de la dette de l’Afrique subsaharienne s’allège petit à petit depuis la fin des années 90, sa population reste confrontée à un taux de chômage galopant et à des faillites bancaires successives. Avec une dette totale avoisinant les 180 milliards de dollars, l’équivalent de son PNB, l’Afrique est le continent le plus endetté par tête d’habitant. Sur les 46 pays les moins avancés au monde, pas moins de 32 se trouvent en Afrique. Pour contrer la récession et restructurer sa politique économique, le continent s’est vue imposer par les grandes institutions internationales que sont le FMI et la Banque Mondiale un régime très strict à base de plans d’ajustements structurels controversés.

Les réformes économiques engagées ont sorti un seul pays de l’Afrique de l’Ouest de la crise : le Ghana. Dans d’autres pays africains de l’Ouest et du centre, la mise au chômage de plusieurs milliers de fonctionnaires et de jeunes diplômés contribue, entre autres facteurs, à une recrudescence de la criminalité et des activités illicites. Les jeunes diplômés, formés, instruits et généralement polyglottes constituent un réservoir très intéressant pour les trafiquants.

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De l’argent sale pour rembourser les créanciers

Si le trafic de drogues prospère autant en Afrique, c’est également parce qu’il constitue une source importante de devises pour les économies nationales. Michel Chossudowsky, ancien conseiller de la Banque mondiale, souligne ainsi que « les narco-dollars, une fois blanchis et recyclés dans le système bancaire international, pourront servir aux gouvernements des pays en développement à remplir leurs obligations auprès des créanciers (…) Ils contribuent également aux politiques de privatisation dans des pays où les investisseurs étrangers sont réticents et où les nationaux manquent de fonds propres. »

C’est donc ici que le bât blesse. L’Afrique, en mal de devises, ne peut s’offrir le luxe d’être trop à cheval sur l’origine de l’argent déposé aux guichets de ses banques. Bien que les grandes instances internationales proposent des législations pour contrer le blanchiment d’argent sale et ainsi lutter contre la criminalité et les trafics de drogue opérant sur le sol africain, Michel Chossudowsky rappelle que « pour autant que le service de la dette soit remboursé, les créanciers ne font pas la distinction entre « argent sale » et « argent propre« ». Il est donc fort à parier que tant que les pays riches maintiendront leurs exigences contradictoires, leurs directives anti-blanchiment d’argent resteront inopérantes et ne feront que ralentir les politiques de lutte contre le trafic de drogue mises en oeuvre sur le territoire africain.

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Diplômée d’une licence en journalisme et communication appliquée, puis d’un Master 2 en Politique européenne, j’ai touché à la radio, à la presse écrite, à la presse féminine et même touristique. Féministe de cœur, Parisienne de naissance et journaliste de formation, je suis par la force des choses curieuse, fouineuse et (un peu) râleuse.

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