Obama dit non à la thérapie de conversion : pratique désuète et désastreuse

En décembre dernier, Leelah Alcorn, née Joshua, a mis fin à ses jours en se jetant sous un camion. Avant son suicide, la jeune transsexuelle de 17 ans a posté un article expliquant son geste sur son Tumblr: « A 14 ans, j’ai appris ce que la transsexualité était et j’en ai pleuré de joie. Après dix ans de confusion, j’ai enfin compris qui j’étais ». Lorsque Leelah en a informé sa mère, la réaction de cette dernière a été sans appel : « Elle m’a dit que c’était une phase, que je ne serai jamais une fille, que Dieu ne faisait pas d’erreur, que j’avais tort ». Forcée par ses parents à consulter des « psychologues chrétiens », Leelah s’est sentie incomprise et abandonnée. A ses 16 ans, l’adolescente s’est vu refuser le droit d’entamer une transition, ce qui l’a poussée à commettre l’inimaginable :

Je ne serai jamais heureuse. Soit je vivrai le reste de mes jours en tant qu’homme seul qui souhaite être une femme, soit en tant que femme solitaire qui se déteste.

Le destin tragique de Leelah Alcorn a ému le pays, il est pourtant loin d’être un cas isolé. A la suite de son suicide, une pétition a été mise en ligne sur le site de la maison blanche, recevant plus de 120 000 signatures.

Interdiction sur les mineurs

Le 9 avril, Barack Obama s’est exprimé sur le sujet par le biais d’un communiqué saisissant. La thérapie de conversion a pour but de rendre les homosexuels hétérosexuels, mais aussi de convaincre les transsexuels de refuser à leur changement d’identité sexuelle. « Cette nuit, quelque part en Amérique, une jeune personne, disons un jeune homme, aura du mal à trouver le sommeil, tourmenté par un secret qu’il garde depuis aussi longtemps qu’il s’en souvient », a expliqué le président, « ce qui va se passer ensuite dépend de lui, de sa famille, mais aussi de ses amis, de ses professeurs et de sa communauté. Mais cela dépend aussi de nous, de la société que nous concevons, de l’avenir que nous construisons ».

© FlickR / Barack Obama

Barack Obama – © Flickr

Les thérapies de conversion, qui ont pour but de rendre une vie dite normale aux homosexuels et aux transsexuels, sont principalement visées par ce communiqué. La conseillère d’Obama, Valerie Jarrett, a ainsi annoncé de nouvelles mesures afin que ces pratiques dangereuses ne gâchent plus la vie de jeunes américains : « notre administration soutient les initiatives visant à interdire l’utilisation de la thérapie de conversion pour les mineurs ».

Un danger mortel

Bien qu’elle soit interdite sur les mineurs dans plusieurs Etats tels que New York, le New Jersey et la Californie, la thérapie de conversion est pratiquée sur l’ensemble du territoire américain. Elle prend racine à la fin du XIXème siècle, lorsque l’homosexualité était considérée comme une maladie. Aujourd’hui, elle n’est plus répertoriée en tant que telle par l’Association américaine de psychiatrie, mais elle est toujours vue comme anormale par la branche ultra chrétienne. Lorsqu’ils sont informés de l’homosexualité ou de la transsexualité de leur enfant, de nombreux parents ont ainsi recours à la thérapie de conversion, principalement effectuée par des personnes extrêmement religieuses.

 © Flickr / Michael Lehet

© Flickr / Michael Lehet

Plusieurs méthodes plus ou moins douteuses, d’autant plus qu’elles ne sont pas pratiquées par des professionnels, sont utilisées pour remettre les « déviants sexuels » dans le droit chemin. Exorcisme, violences, les pratiques s’apparentent plus à de la torture qu’à de la thérapie, comme en témoigne le reportage de Vice sur le sujet. Les conséquences en sont désastreuses ; les personnes soumises à la thérapie de conversion développent des pensées suicidaires, à l’image de Fallon Fox, une militante transsexuelle. « Tous les éléments scientifiques nous montrent que la thérapie de conversion, surtout quand elle est pratiquée sur des jeunes, n’est ni médicalement ni éthiquement adaptée et peut provoquer un mal considérable », a quant à elle indiqué Valerie Jarrett, expliquant ainsi le refus quasi catégorique des professionnels de la santé vis-à-vis de cette pratique.

Malheureusement, beaucoup croient toujours aux bienfaits de la thérapie de conversion, mettant inconsciemment la vie de nombreux adolescents en dangers.

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Diplômée en journalisme, je porte un vif intérêt aux questions sociétales ainsi qu'à l'Histoire.

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