Planter des arbres contre la pollution, le pari de la Chine

L’écologie, le nouveau cheval de bataille de la Chine ? Critiqué pour sa pollution et son smog étouffant ses villes, l’Empire du milieu n’a plus le choix. Peu de temps après un documentaire choc dévoilant les ravages de la pollution, l’exaspération de ses citoyens enfle. Face à l’urgence de la situation, l’état le plus pollueur du monde a pourtant entamé depuis quelques années un vaste plan de reforestation à la lisière du désert, sorte de grande muraille verte, qui fait alors paradoxalement de lui l’un des pays les plus avancés en matière d’écologie.

4 500 km de forêt pour contrer l’avancée du désert de Gobi

gobi desert

© Flickr – Le désert de Gobi

Dans l’Empire du milieu, le désert grignote chaque année les terres agricoles, ce qui signifie moins d’hectares pour les 1,3 milliards de bouches à nourrir que compte le pays.
Selon le site Mr Mondialisation, 3 600 km² de prairies disparaissent tous les ans. Pire, le phénomène provoque des tempêtes de sable géantes pouvant atteindre ses voisins la Corée et le Japon. Eau polluée, érosion et dégradation des sols sont autant de conséquences notamment à l’origine des crues massives du fleuve Yang-Tse en 1998, provoquant alors la perte de milliers d’arbres.

Pour contrer l’avancée du désert de Gobi, au nord du pays, la Chine s’est retroussé les manches et a entamé un vaste plan de reforestation. Objectif : planter 4 500 km de forêt. D’ailleurs en Chine, les consciences s’éveillent peu à peu, et après quelques accords écologiques signés, le gouvernement s’engage à faire davantage d’efforts pour réduire ses gaz à effet de serre.

La Chine a planté plus de 13 millions d’hectares de forêt depuis 2008.

Selon l’administration des forêts de l’État, la Chine a planté plus de 13 millions d’hectares de forêt depuis 2008. Tels une grande muraille faisant front aux terres arides, les arbres ont pour rôle de capturer le CO² pour freiner le réchauffement climatique et l’avancée du désert.

dust storm

© Flick – Tempête de sable géante

Des efforts qui s’avèrent payants

Et l’opération a fini par porter ses fruits. La revue Nature Climate Change a récemment publié une étude australienne menée par l’Université de New South Wales. Pendant vingt ans, cette dernière a analysé les émissions de gaz à effet de serre à la surface de la Terre. Aujourd’hui, des experts observent les effets positifs de cette végétalisation artificielle.

L’étude révèle que combiné à d’autres facteurs – notamment plus de précipitation dans certaines parties du monde et un accroissement des forêts en Russie – cette reforestation titanesque a « permis de compenser d’environ 85% les pertes en carbone de la biomasse dues à la déforestation tropicale depuis 2003 ». La Banque Mondiale souligne quant à elle que la Chine serait le seul pays au monde à avoir augmenté son nombre d’arbres.

Pine tree

© Flickr – Forêt de résineux

Des résultats à nuancer

Ces résultats optimistes sont pourtant à nuancer. Car en fait, la Chine continue à perdre des hectares de forêt chaque année, 6,1 Mha entre 2000 et 2012 selon le Journal de l’environnement. Pour optimiser ses avantages économiques, le pays a choisi de planter des arbres fruitiers et des résineux, pas toujours adaptés aux zones arides et semi-arides. Selon We demain, non seulement l’intense culture des résineux nuirait à la biodiversité mais elle aurait également provoqué une forte baisse du niveau des nappes phréatiques.

De plus, ces arbres remplaçant des terres agricoles, des paysans ont dû abandonné leurs terres. Pour laisser la place à la forêt, certains participent au programme et plantent eux-mêmes les arbres en échange de nourriture ou d’une compensation financière.

Mais pour véritablement bloquer la pollution et diminuer les gaz à effet de serre, il est nécessaire de mettre en place d’autres mesures car les arbres ne peuvent « détruire » à eux-seuls tout le CO². Ses détracteurs dénoncent même un coup de communication. Car dans le pays le plus pollueur au monde, ce plan d’envergure sert aussi au gouvernement à redorer son image et à montrer que la Chine prend l’écologie au sérieux. Or, ce géant asiatique est également la première puissance économique mondiale et jusqu’à présent, la fulgurante croissance du pays est bien loin de ralentir, ce qui à ce jour demeure rarement le meilleur allié d’un environnement propre.

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Auteure passionnée à la plume tenace et à l'appétit vorace pour les idées qui claquent.

    1 Commentaire

    • Répondre mai 23, 2015

      monique

      très bon article sur la pollution
      La chine trouve des solutions, mais ça ne suffit pas

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