Poutine chez Orban – Fin de l’isolement diplomatique russe ?

Si, depuis bientôt une année – outre l’exception matérialisée par la visite d’Angela Merkel et de François Hollande en Russie le 6 février 2015, afin de présenter un plan de paix au Kremlin – les responsables des pays membres de l’Union Européenne étaient officiellement d’accord pour ne pas avoir de relations diplomatiques avec Vladimir Poutine dans le cadre de la politique de sanctions menée en rapport à la situation en Ukraine, il semble néanmoins que cette entente soit bien partie pour prochainement voler en éclats.

Poutine en Hongrie

En effet, les relations tendues entre Poutine et l’U.E. n’inquiètent pas spécialement le 1er ministre hongrois, Viktor Orban, qui a dernièrement insisté auprès de son état-major pour rencontrer le dirigeant russe.

Comme l’a souligné à la fin du mois de janvier dernier, Peter Szijjarto, le chef de la diplomatie hongroise, en déclarant laconiquement aux médias locaux : « Nous avons invité Poutine à Budapest » , un rendez-vous est donc prévu le 17 février prochain.

Vladimir Putin – © Flickr

Selon Szijjarto, les 2 parties discuteront de la sécurité énergétique des pays d’Europe Centrale et de l’Est, ainsi que de l’annulation du projet de construction du gazoduc South Stream.

Il est aussi probable que Viktor Orban voudra soulever la problématique de la situation actuelle en Ukraine.

Des relations cordiales

Budapest est très dépendante de l’énergie russe, dont elle est un client assidu.

Courant 2014, lorsque l’Union Européenne annonçait de nouvelles sanctions à l’encontre de Moscou, Orban n’avait ainsi pas hésité à prendre ses distances avec Bruxelles.

Il estimait qu’une telle prise de position créait alors un éloignement mutuel entre l’U.E. et la Russie et donc, qu’en conséquence, cela ne faisait que compliquer une éventuelle fin de conflit en Ukraine.

Un changement de stratégie à venir ?

Toujours à la fin du mois de janvier 2015, Alexandre Douguine, l’actuel doctrinaire principal du Kremlin, et promoteur de la conception actuelle de l’Eurasie, avait déclaré au site internet Alfahir.hu, propriété du Jobbik, parti situé à l’extrême droite de l’échiquier de la politique hongroise, qu’était maintenant revenu le temps de l’époque des empires.

Alexandre Douguine – © Flickr

Ses propos ne laissent aucun doute sur la marche à suivre qu’il conseille aux Hongrois :

« Les nations ne sont plus d’actualité. Les petits pays tels que l’Autriche, la Hongrie, la Serbie, la Slovaquie, la Roumanie devraient créer un empire, sous le nom de « forte Europe de l’Est ». Ce bloc serait une zone tampon entre l’Union Eurasiatique sous l’égide de la Russie, et l’Europe Allemande. »

Pour Dougine, il s’agirait ainsi de la « façon idéale pour que la Hongrie retrouve enfin son lustre d’antan et une situation ethnique d’avant les traités du Trianon ».

Ce traité, honni par la Hongrie depuis sa signature le 4 juin 1920, avait alors condamné l’existence de l’Autriche-Hongrie au sein de laquelle la Hongrie jouissait d’une quasi-indépendance.

Le nouvel Etat s’était alors retrouvé privé des deux tiers de son territoire d’avant guerre, et surtout, près de trois millions de Hongrois s’étaient retrouvés à l’extérieur des nouvelles frontières, majoritairement en Roumanie.

Ainsi, cette rencontre à venir pose de façon évidente les jalons de la future position de la Hongrie au sein de l’Union Européenne, mais aussi de l’éventualité d’un renversement à 180 degrés de sa stratégie en termes de politique extérieure.

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Diplômé d’un Master d’Histoire, je suis un passionné de l’actualité internationale en général, avec une préférence pour l’Europe de l’Est, ses peuples et ses cultures.

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