Precious Cargo, le musée itinérant de Cheryl Ann Bolden

Des lunettes à la monture légère, un visage aux traits fins, une silhouette discrète : Cheryl Ann Bolden est très loin du stéréotype du vieux loup de mer. Pourtant, c’est bien elle qui mène de port en port une embarcation bien particulière : le Precious Cargo. Pas de voiles, de coque, ni de carburant en son sein. Le seul moteur, c’est l’histoire. Chaînes d’esclaves, statuettes, masques, livres : le Precious Cargo est un musée nomade, consacré à la culture afro-américaine. Cheryl Ann y est la seule maitresse à bord.

Cheryl Ann Bolden

Je me suis toujours sentie concernée par l’histoire africaine et sa diaspora, raconte cette américaine d’une cinquantaine d’années. J’ai eu un déclic très jeune, lorsque je travaillais en tant que guide dans la demeure historique de James Monroe [le cinquième président des Etats-Unis, NDLR]. Je devais retracer la vie du président et le contexte américain de l’époque. Rien ne faisait mention de l’esclavage ! Cela m’a vraiment dérangée, et je me suis mis dans l’idée de fonder mon propre musée. 

C’est dans l’Etat de Virginie, à Charlotteville, qu’elle pose la première pierre du Precious Cargo. « J’y ai ouvert une galerie, en 1984 », se remémore t-elle. J’y exposais mes créations artistiques, comme des vêtements ou des bijoux, mais aussi les objets d’histoire que je collectais ». Dans cet espace d’une trentaine de mètres carrés sont juxtaposés à coté de dons ou d’objets achetés, des possessions personnelles, comme une photo d’époque de son arrière-arrière grande tante.

Une statuette issue du musée Precious Cargo – © Cheryl Ann Bolden

En 1991, la galerie ferme ses portes. « Trop de soucis pour tenir financièrement ». Elle décide alors de se passer d’un lieu fixe, et de s’en remettre au mécénat pour exposer sa collection aux quatre coins du monde : l’Amerika Haus de Berlin, l’institut de la culture inter-américaine de Tecigualpa, le musée Victoria et Albert de Londres… L’occasion de trouver un nom à ce musée itinérant : Precious Cargo. « Pourquoi ce nom ? Je n’en suis plus si sûre, après toutes ces années, avoue t-elle. L’idée, c’était d’apparenter mes voyages à travers le monde à ceux des bateaux d’esclaves. Tous deux ont un contenu précieux, mais qui n’a pas la même finalité ».

Des chaînes d’esclave, datées du XVIIIème siècle

Une question subsiste : où sont conservées les pièces entre deux escales ? Contre toute attente, c’est un appartement parisien d’une quarantaine de mètres carrés qui sert de local. Elle y vit depuis sept ans, et il y est difficile de déterminer qui, entre elle ou le Precious Cargo, est le réel locataire. Dans cet appartement, il est possible de tomber nez à nez avec un parchemin de 1795, où un certain M. Wilson atteste en toute simplicité détenir deux chevaux et deux esclaves. En un court balayage visuel, un exemplaire original d’un France-Soir de 1936 faisant sa une sur le Ku-Klux Klan peut se succéder à une pancarte de 1926, indique la direction des toilettes pour personnes de couleur blanche. Depuis qu’elle a ouvert sa galerie en Virginie, Cheryl Ann Bolden a accumulé plus de 500 œuvres. « Je vis avec le Precious Cargo, aussi bien au sens propre que figuré ».

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