Présidentielles polonaises : Une réélection annoncée ?

Le 10 mai prochain, les Polonais se rendront aux urnes pour élire leur nouveau Président.
A un peu plus de deux semaines de ce choix absolument crucial, force est de constater que quasiment tous les sondages annoncent le Président sortant, Bronislaw Komorowski, comme étant le grandissime favori du scrutin.

Ne rien faire pour ne rien faire de mal

Issu de la Plateforme Civique de l’ancien Premier Ministre Donald Tusk, il est d’abord devenu Président par intérim en 2010, par la faveur de sa place de Président du Sénat, après la disparition de Lech Kaczynski, mais aussi d’une centaine d’autres hauts dignitaires de la nation, dans un accident d’avion aux circonstances mystérieuses, et dont l’ombre plane sur la politique polonaise depuis maintenant 5 ans.

Finalement choisi à 52,4% des suffrages le 4 juillet 2010 face au frère jumeau de Lech Kaczynski, Jaroslaw, Komorowski a réalisé un sans-faute au niveau de sa communication, à défaut de réellement pouvoir répondre de façon claire aux revendications des mineurs, des infirmières, ou encore des agriculteurs, et qui ont sérieusement fait tanguer l’équilibre de la Pologne lors de ces derniers mois.

Face aux grèves massives de ces différentes corporations, le Président sortant a toujours misé sur la tactique de l’autruche, envoyant habilement au front ses Ministres se griller et perdre leur popularité éventuelle, avant ensuite de réaliser des interventions savamment préparées par son cabinet, et lors desquelles il a simplement passé son temps à réclamer une union nationale dont il n’a jamais dessiné les contours.

En jouant sur le complexe d’infériorité d’une partie de la population vis à vis de l’Europe Occidentale, Komorowski n’a cessé de répéter à ses compatriotes que la Pologne était en train de devenir une place forte de l’économie européenne.

Vanter des résultats meilleurs que ceux de pays se trouvant actuellement – ou il y a peu – dans une crise économique profonde, tels que l’Irlande, le Portugal, ou encore l’Espagne, fait évidemment de l’effet au sein d’un peuple qui aimerait devenir indispensable aux yeux de Bruxelles.

Bronislaw Komorowski – © Flickr

Faisant parfaitement corps avec ce rôle de  » père de la Nation  » qu’il cherche à endosser depuis son investiture, Bronislaw Komorowski a su faire évoluer son image depuis 2010.

Il a par exemple rasé sa sacro-sainte moustache pour paraître plus dynamique, ou encore subtilement convaincu sa femme Anna de maigrir un peu.

Peu enclin à faire des vagues, sa stratégie se résume par une inactivité chronique au niveau politique, et dont la contrepartie se définit par une multiplication obsessionnelle de visites de lieux  » sûrs « , tels que les écoles ou autres associations.

Populaire mais inutile, Komorowski bénéficie d’une aura assez incompréhensible au vu du peu de décisions de fond qu’il a su prendre sur les problématiques sociales et sociétales.

Face aux attaques, son meilleur bouclier reste l’arène internationale, où il veut à tout prix montrer que, grâce à son influence, la France et l’Allemagne considèrent la Pologne comme un partenaire privilégié, ce qui, paradoxalement, lui permit de tirer parti de la crise ukrainienne.

Contrairement à sa famille politique actuellement au gouvernement, sa réputation reste immaculée, et les sondages lui sont positifs.

Un calendrier sur mesure

Avec un premier tour prévu le dimanche 10 mai, Komorowski joue sur du velours.

En effet, certaines échéances symboliques prévues juste avant vont lui permettre d’asseoir encore un peu plus cette place de rassembleur dont il ne veut se séparer pour rien au monde, sous peine de devoir servir autre chose que sa constante rhétorique stéréotypée.

Comme partout ailleurs dans le Monde, le vendredi 1er mai sera célébré à travers la fête du travail, ce qui permettra au Président sortant d’ouvrir sereinement le bal de ses interventions médiatiques, alors que chaque candidat est censé, comme en France, bénéficier du même temps d’antenne un certain temps en amont du scrutin.

En effet, le dimanche 3 mai est synonyme de fête nationale en Pologne.

Bronislaw Komorowski fêtera donc la naissance de la Constitution du 3 mai 1791, reconnue comme l’une des plus anciennes de la planète.

Cela lui permettra d’insister sur l’héritage démocratique des Polonais, dont il voudra évidemment se présenter comme le meilleur garant.

Enfin, 2 jours avant le 1er tour, sera fêtée, le vendredi 8 mai, la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Ainsi, Bronislaw Komorowski pourra travailler une dernière fois sa posture de dirigeant d’envergure internationale, visiblement si chère aux Polonais.

Bien entendu, le début du silence électoral est prévu un jour plus tard, à la date du samedi 9 mai.

Une concurrence inexistante ?

Si aussi peu d’observateurs croient ne serait-ce qu’à un deuxième tour dans le cadre de ces élections, c’est parce que les autres candidats n’ont pas réussi à créer de réelle dynamique.

Le candidat du parti Droit et Justice des frères Kaczynski, Andrzej Duda, n’est pas assez connu du grand public pour faire pencher la balance de son côté.

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Andrzej Duda © Flickr

Malgré la popularité de cette autre grande entité politique en Pologne, classée actuellement à la première place des sondages lorsqu’il est question des élections législatives prévues pour l’automne, son représentant ne devrait même pas avoir l’occasion de débattre avec Komorowski, tant la fameuse période de l’entre deux tours ne devrait finalement jamais voir le jour.

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Diplômé d’un Master d’Histoire, je suis un passionné de l’actualité internationale en général, avec une préférence pour l’Europe de l’Est, ses peuples et ses cultures.

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