PSG-OM, ce si faux « clasico »

Après les derby, le clasico. Ce terme désigne une opposition historique entre deux clubs de football d’un même pays. Il concerne originellement l’affrontement River Plate – Boca Junior en Argentine, et devient populaire en Europe en désignant les matches entre le Real Madrid et le FC Barcelone. La France pense pouvoir faire des PSG-OM un clasico, à tort.

La jurisprudence espagnole

Un clasico revêt des dimensions qui dépassent de loin le seul football. Les causes sont à la fois historiques et culturelles, grossies voire grossières aujourd’hui mais ayant à un moment été réelles. Le clasico espagnol par exemple qui voit comme trois oppositions complémentaires entre le Real Madrid et le FC Barcelone.

D’abord, le Real Madrid est rattaché jusque dans son nom à la forme monarchique de l’Espagne. Le FC Barcelone est situé en terres catalanes, région liée de longue date au républicanisme et dont la période franquiste a sonné comme le paroxysme de cet engagement.

Ensuite, le Real Madrid et ce, quel que soit le régime politique du pays, représente l’autorité centrale. Or l’identité catalane qui imprègne le FC Barcelone s’est portée vers l’autonomie, voire l’indépendance, au fil de ces longs siècles d’histoire.

Et en corollaire de ces cultures divergentes, il y a une opposition de logique sportive. Le club catalan bien que régulièrement alimenté par les prouesses de stars planétaires, se veut avant tout formateur, avec des équipes à l’épine dorsale composée de joueurs du cru. Si le Real Madrid fait briller ses stars, au FC Barcelone, les stars font briller l’équipe.

© marcpuig - Flickr

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Une opposition sans fondement

Des divergences irréconciliables dont on voudrait faire croire qu’il y a un écho en France avec les oppositions entre l’OM et le PSG. Ce qui est fondamentalement faux.

Historiquement, Marseille s’est très peu manifestée face à l’importance de Paris en France. Paris, sans conteste, s’est imposée comme résidence des princes, mais bien des villes autres que Marseille ont beaucoup plus occupé le devant de la scène nationale lors des quelques épisodes de déplacement d’un pouvoir centralisé. De Lyon, capitale des Gaules à Vichy, en passant par Bourges en 1418, ou même Versailles durant les événements de la Commune, autant de possibles rivalités dotées de plus de sens qu’avec la cité phocéenne. 

De fait, Marseille a participé aux contestations de la Ligue, fin 16ème, et aux rebellions fédéralistes de 1793 qui toutes deux ont pris l’autorité parisienne pour cible. Néanmoins, l‘investissement marseillais s’est à chaque fois vu noyé sous le nombre des villes concernées. En 1793, c‘est même le voisin Toulon qui ira le plus loin dans l’opposition, en livrant purement et simplement la ville à l’ennemi anglais.

Quant à la rivalité strictement sportive, pour en revenir à des périodes plus proches, l’illusion est tout aussi présente. 

© Jeanne Menjoulet&Cie - Flickr

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Jamais les deux clubs du PSG et de l’OM n’ont conjointement tutoyé les sommets suffisamment longtemps pour construire une vraie rivalité. D’ailleurs, et les supporters du club en sont bien conscients, le véritable adversaire de l’OM est historiquement l’AS Saint-Etienne avec qui la lutte sportive a été intense dans le tournant des années 1960-70.

Il existe bien une donnée nourrissant l’esprit « clasico » dans cette opposition PSG – OM. L’OM, en écho à sa ville revendique une culture populaire rattachée aux spécificités de sa localité. Et de son côté, le PSG, depuis sa naissance, se rapproche des valeurs d’un Real Madrid dans l’esprit paillettes, people, grandiloquence pour un rayonnement à l’international. Sauf que le public du Paris Saint-Germain, celui qui vit le plus cette rivalité construite sur du sable au début des années 90, n’est pas dans cette logique. La chute du Red Star et du Paris FC a amené la population parisienne à s’approprier ce PSG. Un club devenant par là symbole d’une capitale protéiforme, comme peut l’être la ville de Marseille. 

Et maintenant ?

La préconisation n’est bien évidemment pas d’inviter supporters parisiens et marseillais à se donner rendez-vous au pied d’un arc-en-ciel pour s’empoigner fraternellement. La rivalité bien que jeune a pris, et aujourd’hui fait partie du paysage footballistique français. La plastronnade de Simone devant les supports olympiens en 1999, l’odeur d’ammoniac dans les vestiaires du PSG à Marseille en 2005, l’affaire des minots venus chercher un point à Paris l’année d’après. Et la victoire de Bordeaux face au PSG en 1999 qui permet aux Girondins de gagner le titre devant l’OM, à laquelle répondra douze ans plus tard la déconcertante ballade de Montpellier 3 à 1 en route vers le titre devant… le PSG.

© comboutique.com

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Tout en ne niant pas la réalité de cette rivalité, il est important de ne pas la surinvestir de lectures culturelles qui ne sont que les réactualisations des mensonges d’hier, comme le « club de l’argent » contre le « club des valeurs ».

Il faut garder à l’esprit l’aspect profondément artificiel de cette opposition, et refuser la dimension ancestrale qui continue à être véhiculée par les médias. Sous peine d’entériner que l’illusion est aux masses comme un os jeté aux chiens, et qu’il ne reste plus qu’à attendre le prochain épisode d’ambitieux prêts à voguer sur cet état de fait.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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