Quand le médecin s’en va-t-en guerre

Médecins ou chirurgiens de guerre, ils sont ceux qui n’hésitent pas à risquer leur vie pour sauver celle des autres. Ils doivent faire preuve d’adaptation au quotidien car l’imprévisible est une donnée importante de leur travail. Ils pratiquent bien souvent dans l’urgence et dans des conditions précaires. Ils côtoient l’horreur en permanence et lui livrent une lutte sans merci. C’est un peu David contre Goliath, mais au contraire de l’épisode biblique, Goliath n’est jamais vraiment vaincu.

© Google images - Médecins sans frontières

© Google images – Médecins sans frontières

Le médecin humanitaire, témoin engagé des conflits mondiaux

Une des organisations emblématiques de la médecine humanitaire est « Médecins sans frontières » créée en 1971 par entre autres Bernard Kouchner et Jacques Bérès. Le but affiché, au-delà du soin d’urgence, était de témoigner des horreurs commises sur place, d’avoir une « parole libre ». En 1979,  Mr. Kouchner et certains de ses collègues souhaitent affréter un bateau, « l’Île de Lumière », pour venir en aide à ceux qui fuient le régime communiste du Viêt Nam sur des embarcations de fortune. Mais cette initiative déplaît à certains membres influents du MSF qui n’apprécient pas cette nouvelle médiatisation. En total rejet du chemin pris par ces derniers, Mr. Kouchner fonde avec Alain Deloche, Jacques Bérès ou encore Patrick Aeberhard « Médecins du Monde ». Le but affiché est clair : « Association indépendante, Médecins du Monde agit au-delà du soin. Elle dénonce les atteintes à la dignité et aux droits de l’homme et se bat pour améliorer la situation des populations »[1].

Une chirurgie de guerre pragmatique

La médecine humanitaire se caractérise avant tout par sa grande diversité. Elle comprend à la fois la médecine générale qui vient en aide aux populations n’ayant pas accès aux soins mais aussi la médecine de guerre où la chirurgie tient une place importante. Bien souvent, les chirurgiens de guerre doivent agir dans l’urgence et au contraire de ce que montrent parfois les films de guerre, ne peuvent se permettre de multiplier intervention sur intervention. Si aucun organe vital n’est touché, la balle n’est bien souvent pas extraite. C’est ce qu’explique le Docteur Contreras, chirurgien à la Croix rouge : « Une balle fait un petit trou lorsqu’elle pénètre dans le corps et pour l’en extraire, il faut faire un trou plus grand. On finit en fin de compte à faire plus de dégâts que la balle »[2].

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Jacques Bérès – © http://www.genevasummit.org

Jacques Bérès, dernier représentant des « French doctors »

Figure emblématique de « Médecins sans frontières » et « Médecins du monde », Jacques Bérès, 73 ans, continue de parcourir les zones de conflit à travers la planète dans un seul but : sauver des vies. L’émission « Envoyé spécial » lui a récemment consacré un reportage au travers duquel les journalistes Marc Roussel et Emmanuel Ostian ont suivi le médecin en Syrie. Face à l’horreur de la situation, celui-ci reste imperturbable. Sa mission est avant tout de soigner, et il ne s’agit pas de se laisser gagner par des émotions pouvant entraver sa bonne marche. Comme l’explique très bien les deux journalistes, l’autre grand trait de personnalité de Jacques Bérès, outre son abnégation, est son naturel engagé. Il se veut être le témoin des atrocités commises et utilise une parole libre, ce qui ne plaît pas toujours aux organisations humanitaires. De plus en plus, ces dernières doivent développer une approche diplomatique pour pouvoir intervenir, et il arrive que des propos trop engagés la mette à mal, comme par exemple lorsqu’un gouvernement en place est directement mis en cause. Les ONG marchent sur des œufs, et il leur est de plus en plus difficile d’accéder à certaines zones de conflits.

[1] Site de Médecins du Monde, « http://www.medecinsdumonde.org/Nos-Combats »

[2] TCHAD, Récits d’un chirurgien du CICR sur des blessés de guerre http://www.irinnews.org/fr/report/75959/tchad-r%C3%A9cits-d-un-chirurgien-du-cicr-sur-des-bless%C3%A9s-de-guerre

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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