Quand le Qatar entre en jeu

Souvent agitée, la planète football connaît un nouveau tremblement avec ce qu’on appelle déjà le « Qatargate ». Certains joueurs de football professionnels, comme la plupart des supporters brésiliens, n’ont pas encore fini de ressentir les effets de la coupe du monde 2014. Et pourtant tout le monde se tourne déjà vers le futur, et non pas l’édition prochaine de la compétition, mais celle de 2022. La 22ème coupe du monde, initialement prévue au Qatar, est déjà dans la tourmente.

Désigné il y a quatre années maintenant, le Qatar a été choisi pour recevoir la première coupe du monde de la décennie 2020. Lors de cette attribution, des représentants du pays auprès de la FIFA auraient financé, directement et indirectement, des cadres décisionnaires de l’institution pour faire pencher le vote en leur faveur. Qu’elles se confirment ou s’infirment, ces accusations auront bien fait réagir dans l’opinion publique, et ce généralement de deux manières : l’indignation, et le relativisme.
Comme souvent, in medio stat virtus, il y a du vrai dans ces deux sentiments.

Photo - furiouskaa5786

© Flickr – furiouskaa5786

Quelle honte !

Le premier réflexe pousse raisonnablement à l’indignation. Le football est le sport populaire par excellence, avec une ampleur de niveau planétaire. L’entacher de petits intrigues c’est se mettre à dos des millions de passionnés, surtout lorsque l’on retrouve la FIFA dans le rôle du corrompu. L’organisation alourdit son dossier. Sans remonter à la pathétique mascarade de ses observateurs au Stade National du Chili, en 1973, aux lendemains du coup d’Etat de Pinochet, la FIFA simplement sous la présidence Blatter (toujours en poste) n’en est pas à sa première affaire litigieuse. Déjà pour des affaires de corruptions la FIFA avait été montrée du doigt médiatique, et judiciairement, durant la première partie des années 2000 (détournements de fonds, démissions surprises, soudoiement).
Quant au corrupteur, ces accusations de corruption s’ajoutent là aussi à des précédents. La structure sociale spécifique au Qatar a déjà pu provoquer quelques remous. Aux quatre cinquièmes composée d’étrangers, la population du Qatar comprend une part importante de travailleurs provenant de la péninsule indienne, aux droits civiques et sociaux protégés par aucune base légale solide. Souvent, leur flexibilité et les conditions de leur vie quotidienne au Qatar parviendraient même à faire rougir les plus téméraires des porte-paroles de patronats occidentaux. Or, nombre de stades destinés à accueillir cette fameuse coupe du monde 2022 se sont bâtis justement avec ce type de main d’œuvre. Pour la FIFA, prendre cela en compte pourrait apparaître comme de l’ingérence, mais fermer les yeux dessus, ne serait-ce pas de la légitimation ?
Cela, sans compter toutes les dimensions culturelles du Qatar dont certains aspects sont favorables aux méconnaissances et amalgames en Europe.

Et puis quoi ?

La deuxième réaction face à cette affaire de corruption : le relativisme. Cet événement constituerait une sorte de normalité, auquel le public a pu s’habituer avec le temps, qui ne surprend pas.
C’est une réalité que chaque grande organisation d’un événement sportif majeur, ces dernières années, a été entachée de polémiques, bien que toutes ne concernent pas de la corruption. Les JO d’hiver disputés en Russie ont été l’objet du plus faramineux budget mis en place pour ce type de compétition. Aujourd’hui l’on sait qu’une grande partie de l’argent mobilisé s’est tout simplement évanouie, perdue dans la nature au profit de quelque intermédiaire mystérieux. La dernière coupe du monde en date, cette année au Brésil, n’a pas échappé à son lot d’éléments troubles. Des stades se sont élevés pour l’occasion, sans qu’ils se destinent à une utilisation postérieure à long terme, malgré leurs coûts. Sans parler des lois d’exception dont ont bénéficié au niveau politique des parties liées avec la coupe du monde, alors que le Brésil se présente comme une république. Nulle corruption avérée ici, mais la FIFA ne s’était alors pas distinguée par son tact, ni par sa proximité avec ce qui donne tout son sens au football : le public.

Photo - Abode of Chaos

© Flickr – Abode of Chaos

Finalement, cette affaire d’achat de voix pour gagner l’organisation de la coupe du monde 2022 n’est pas, à proprement parler, une nouvelle affaire de corruption. C’est davantage une affaire de corruption de plus, avec un nouvel acteur qui se trouve être le Qatar. Ce fraîchement débarqué sur la planète football n’aurait alors pas fauté selon une norme, mais simplement pénétré les rouages déjà en place pour les décisions transnationales. Une intégration progressive dans ce qui s’avère bien être un concert des nations, même s’il ne s’agit que de football, qui ne se révélera complète que si effectivement, malgré tout, la coupe du monde 2022 se déroule bien au Qatar. Cela signifiera qu’une fois de plus l’opinion aura été surclassée par les intérêts, tandis que du côté des indignés comme des résignés, seule la voie de la refondation complète apparaît comme une perspective viable.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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