Religion, santé et politique : Ménage à trois en Irlande du Nord

« Les femmes violées doivent-elles avoir le droit d’avorter ? ». Le 8 octobre dernier, le ministère de la Justice en Irlande du Nord a lancé une consultation publique concernant l’avortement. Dans cette partie du Royaume-Uni, le poids de la religion reste important et continue à influencer les moeurs : chaque année, plus de 1000 femmes doivent se rendre en Angleterre, en Ecosse ou au Pays de Galle pour pouvoir bénéficier d’une IVG.

Avorter en Irlande du Nord : le parcours du combattant

Alors que le reste du Royaume-Uni (Angleterre, Ecosse, Pays de Galle) a voté en 1967 l’ « Abortion Act » qui reconnaît jusqu’à 24 semaines le droit à l’avortement aux femmes pour qui la grossesse représente un risque, l’Irlande du Nord applique toujours une loi de 1945. Celle-ci stipule que l’IVG est un crime passible de réclusion à perpétuité, à moins que la mère ne soit en danger de mort. Chaque année, seules 40 femmes se voient ainsi reconnaître le droit d’avorter en Irlande du Nord, et plus de 1000 sont contraintes de quitter le pays pour bénéficier d’une IVG.

De l’autre côté de la frontière, en République d’Irlande, la situation n’est pas vraiment plus heureuse. Un texte de 2013 a autorisé l’avortement à condition que le risque soit « réel et substantiel » pour la mère. Mais un scandale a éclaté cet été, posant la question de la définition du terme « risque ». Une jeune femme de 18 ans a en effet été contrainte d’accoucher par césarienne à 25 semaines de grossesse alors même qu’elle avait été victime d’un viol. Après qu’elle soit entrée en grève de la faim et de la soif, la justice irlandaise l’a condamnée à l’alimentation et à la réhydratation forcée afin « de ne pas porter atteinte à la vie du bébé ». Des médecins avaient pourtant reconnu à la jeune femme des tendances suicidaires ; un risque visiblement trop peu « réel et substantiel » aux yeux de la justice.

Pro-life supporters in Belfast

Manifestants contre l’avortement à Belfast

Vers une évolution des moeurs ?

« Ces dernières année, nous avons entendu des histoires très tristes concernant des femmes dont la grossesse était difficile« , a récemment déclaré David Ford, le ministre de la Justice en Irlande du Nord. Il a donc lancé le 8 octobre dernier une consultation publique (téléchargeable ici : http://www.dojni.gov.uk/consultation-on-abortion-2014) invitant la population nord-irlandaise à s’exprimer sur deux points précis : les cas où le foetus est déclaré non viable et ceux où la femme est enceinte suite à un viol. La consultation s’étendra jusqu’au 17 janvier 2015 et aura peut-être pour conséquence un amendement du texte de 1945.

Jim Wells, le ministre garant des valeurs chrétiennes

Si la consultation marque un tournant, elle n’est pourtant pas une révolution. David Ford explique en effet qu’il ne s’agit en aucun cas de légaliser « l’avortement sur demande », soulignant donc qu’un éventuel remaniement législatif ne concernerait que quelques cas isolés et ne conduirait pas à une légalisation générale de l’avortement.

Mais le ministère de la Justice n’est pas le seul à avoir un avis tranché. Le nouveau ministre de la Santé d’Irlande du Nord, Jim Wells, entend bien se porter garant des traditions chrétiennes de son pays. Interviewé par la BBC le 6 octobre dernier, il a clairement donné son opinion sur la question de l’IVG : « je ne suis pas de ceux qui laissent leurs convictions personnelles aux portes du Parlement« , a t-il affirmé. « L’Abortion Act de 1967 a conduit à la mort de 7 millions d’enfants en Angleterre, et selon certains experts, près de 91 000 Nord-Irlandais sont vivants aujourd’hui parce que nous avons justement refusé cette loi ». A la journaliste qui lui a demandé si ses opinions personnelles influenceraient la politique de son ministère, Wells a rétorqué qu’il ne comptait pas « abandonner les principes qui lui étaient chers ». La partie est loin d’être gagnée.

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Citoyenne du monde en devenir, mordue de beaux mots et de sujets qui fâchent.

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