Retour en force du Parti de l’Homme ordinaire à Delhi

Après avoir quitté son poste de chef de l’exécutif du territoire (*) de Delhi après 49 jours de service en 2014, Arvind Kejriwal réussit son retour avec brio. Les accusations d’opportunisme n’auront pas eu raison de sa popularité grandissante parmi les habitants de la capitale. L’Aam Aadmi Party, comprenez le « Parti de l’Homme ordinaire » vient d’obtenir 67 circonscriptions sur 70 aux récentes élections législatives du territoire de la capitale de Delhi, contre trois seulement pour le BJP. C’est la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de son leader Narendra Modi que le parti au pouvoir subit une défaite électorale. Il surfait jusque-là sur une vague de popularité qui vient de rencontrer ses limites à Delhi. Quant au Parti du Congrès, c’est l’hécatombe puisqu’il n’obtient aucun siège. Une page politique semble donc s’être tournée dans la capitale indienne.

Un avenir plein de promesses après des débuts difficiles

L’Aam Aadmi Party est un groupe politique créé en 2012, loin donc d’avoir l’assise politique du BJP ou du Parti du Congrès. Par ailleurs, ses membres ne sont pas des politiciens aguerris, mais c’est finalement ce qui rend leur discours plus crédible auprès des classes populaires, car moins formaté. Avant de devenir le leader de l’AAP, Arvind Kejriwal faisait partie du groupe IAC (India against corruption) qui s’est fait beaucoup remarquer lors des protestations et des débats autour de l’introduction d’une loi anti-corruption en 2011 et 2012. En 2012 justement, l’IAC doit faire face à des divergences internes. Un groupe émerge, Team Anna, conduite par Anna Hazare, engagé depuis longtemps dans les réformes sociales. Mais celui-ci ne veut pas rentrer dans le jeu politique, au contraire d’Arvind Kejriwal, plus pragmatique, qui considère la création d’un parti politique comme un passage obligé pour pouvoir véritablement réformer la société indienne et lutter contre la corruption qui gangrène les instances de décision du pays. L’Aam Aadmi Party rentre officiellement sur la scène politique le 26 novembre 2012.

Militants du AAP dans leur quartier général à Delhi

Militants du AAP dans leur quartier général à Delhi

En décembre 2013, aux élections législatives du territoire de la capitale de Delhi, le Parlement se retrouve sans majorité. L’AAP arrive en deuxième position, après le BJP. Celui-ci refuse de former un gouvernement dans ces conditions et c’est ainsi que l’AAP arrive à la tête de l’Etat de Delhi, en formant une coalition avec le Parti du Congrès. En février 2014, il tente de faire passer une loi anti-corruption mais ne sera suivi ni par le Congrès, ni par le BJP, qui brandissent l’inconstitutionnalité de la procédure. Arvind Kejriwal démissionne. Delhi est alors placé sous le régime du Président (article 356 de la Constitution), c’est-à-dire sous le contrôle du gouvernement central, initialement pour six mois. Mais ce n’est qu’en novembre 2014 qu’une dissolution de l’Assemblée est enfin décidée, menant à la réélection de Kejriwal la semaine dernière.

Il a notamment « instauré la gratuité de l’eau à partir d’un certain niveau de consommation (…), abaissé les tarifs d’électricité pour les petits consommateurs, (…) et créé un groupe anti-corruption à Delhi.

Un parti qui a su convaincre par ses actions

Les pauvres voient en l’AAP un moyen de reconnaissance politique, tandis que les classes moyennes, désireuses de changements économiques et sociaux rapides qui peinent à voir le jour, aiment son image d’empêcheur de tourner en rond. Malgré la courte durée du mandat d’Arvind Kejriwal en 2014, les mesures prises durant ses quarante-neuf jours à la tête de Delhi ont marqué les esprits. Il a notamment « instauré la gratuité de l’eau à partir d’un certain niveau de consommation (…), abaissé les tarifs d’électricité pour les petits consommateurs, (…) et créé un groupe anti-corruption à Delhi[1].  Les pauvres, mais aussi les classes moyennes ont su lui montrer leur reconnaissance et leur soutien en lui offrant une victoire historique.

Connaught Place, New Delhi - © Flickr

Connaught Place, New Delhi – © Flickr

Le défi qui attend l’AAP est de taille puisque New Delhi se caractérise par un fort taux de corruption et de profondes inégalités sociales et économiques. Tout ne fait que commencer. Quant au parti au pouvoir, la défaite est amère, tant par le prestige lié au fait de gouverner la capitale, mais aussi à l’importance cruciale pour le BJP de s’imposer dans le maximum d’Etats et de territoires possible, afin d’obtenir une majorité à la Chambre Haute (Rajya Sabha) et pouvoir plus facilement faire passer ses projets de loi.


(*): L’Inde compte 29 Etats et 7 sept territoires, dont le territoire de la capitale de New Delhi. Les territoires sont sous l’autorité du gouvernement central, à deux exceptions près, le territoire de la capitale de Delhi et celui de Pondichéry, qui se caractérisent par une Assemblée élue et un gouvernement.

[1] C. Gouëset, « Inde : le Parti de l’homme ordinaire séduit les pauvres et les classes moyennes, L’Express », 10 février 2015 http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/inde-le-parti-de-l-homme-ordinaire-seduit-les-pauvres-et-les-classes-moyennes_1650232.html

 

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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