Rira bien qui mourra le dernier

Depuis près de 50 ans, la technique de la cryonie, qui consiste à conserver des cadavres dans des caissons réfrigérés dans l’espoir que la science les ramène à la vie dans le futur, connaît un attrait grandissant malgré des résultats controversés. Cette approche de la mort comme un processus réversible trouve sa bible dans l’ouvrage de Robert Ettinger, La perspective de l’immortalité, publié en 1962.

 

Retour sur 50 ans de cryonie

AlcorC’est en 1967 avec la « préservation » de James Bedford, un professeur de psychologie volontaire, que la cryonie connaît ses débuts. Aujourd’hui ce sont près de 300 personnes et plus d’une centaine d’animaux de compagnie, joignant leur maître dans ce voyage post-funèbre, qui attendent leur « réanimation« . À ses débuts, l’image de la cryonie fut abîmée par des scandales successifs comme les fermetures d’entreprises spécialisées obligeant ces dernières à rendre les corps aux familles ou encore des « patients » dégelés par manque de fonds financiers.

Bien qu’aucune réanimation n’ait encore été tentée, des expériences plus ou moins convaincantes ont été menées sur des animaux et des insectes. Par exemple, en 2012, un groupe de chercheurs tchèques est parvenu à redonner la vie à des larves de mouches ayant été partiellement congelées.

La garantie de ramener à la vie un corps humain demeure encore lointaine, mais les espoirs d’une réanimation sont relancés depuis les années 1990, où la méthode dîtes de « vitrification » a été mise en place, améliorant largement la conservation de ces utopistes des années 1960, de ces milliardaires cédant à l’illusion du contrôle de leur propre mort ou de ces individus lambdas tentant de repousser la nuit éternelle. À ce jour, il n’existe aucune garantie permettant d’assurer la réanimation d’un corps ou d’un organe ‘vitrifié’ mais cela n’empêche pas les entreprises spécialisées dans la cryogénisation de croître, se présentant comme des « prolongateurs de vie ».

Un marché mondial en pleine expansion

3 institutions spécialisées se partagent la demande internationale : les organisations américaines Alcor et le Cryonics Institute, et l’organisme russe Kriorus depuis 2003. Les offres sont de plus en plus diversifiées et concernent près de 1 000 personnes, allant de la préservation du cerveau pour environ 80 000 dollars, à celle du corps tout entier pour plus de 200 000 dollars. À ce jour, les forfaits demandés par ces trois institutions ne reposent sur aucune garantie quant à la réanimation de leur corps mais permettraient de conserver les patients jusqu’à plusieurs siècles. Sinon une innovation prometteuse la cryonie demeure un business lucratif qui attire des personnalités internationales comme le joueur de baseball Ted Williams ou des professeurs d’Oxford. Le phénomène futuriste poursuit son expansion jusqu’en Australie où la construction de la toute première installation de l’hémisphère Sud, Stasis System, vient d’être engagée.

 

Le cas Français

D’un point de vue de la législation, aux Etats-Unis le corps du patient devient la propriété biologique de l’organisation chargée de le conserver. En France, la cryonie est illégale. L’affaire des époux Martinot avait intensifié le débat autour de cette pratique.


Reportage INA de Raymond Martinot tourné en 1984

En 1984, Le docteur Raymont Martinot, pionnier de la cryonie en France, avait entreposé le cadavre de sa femme dans le congélateur de sa cave. Après avoir été lui-même « préservé » par son fils après sa mort, la justice s’était indignée de ce procédé considéré comme illégal. Après 4 ans de bataille judiciaire et un problème technique qui a interrompu le gel des corps des époux Martinot, leurs fils fut contraint de les incinérer en 2006. À moins de s’exiler en Russie ou aux États-Unis, il y a de grandes chances que vous ne puissiez pas finir en glaçon géant et preniez un aller sans retour direction l’au-delà… dommage!

Source: Le Monde

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