Russie : l’économie dans une impasse

Depuis le début de la crise économique mondiale, la Russie a donné l’image d’un pays à la fois dynamique et attractif pour les investisseurs.
Dotée d’un marché intérieur en plein essor grâce à l’émergence d’une classe moyenne de plus en plus nombreuse liée à une importante urbanisation, la patrie d’Alexandre Pouchkine, riche en gaz et en pétrole, paraissait alors solidement à l’abri des sautes d’humeur d’un marché mondial au bord du gouffre.

Des facteurs extérieurs

Suite à la crise ukrainienne et les sanctions économiques infligées par les pays Occidentaux, la Russie s’est retrouvée dans une autarcie qui, selon sa communication officielle, ne représentait pas un obstacle. Un malheur ne venant jamais seul, le Kremlin est la première victime collatérale de la décision de l’OPEP de ne pas modifier sa production quotidienne de brut, gardant ainsi volontairement plus bas les prix du baril. Le budget russe, dépendant à 50% des bénéfices réalisés sur les hydrocarbures – entre autres grâce à sa multinationale Gazprom -a alors ici encaissé un coup terrible.

Un Lundi Noir ?

A la fermeture de la session du 15 décembre, le constat des marchés financiers est sans appel. En baisse de 10% par rapport au dollar et à l’euro, la plongée du rouble fait planer une menace durable d’inflation sur toute l’économie de la Russie. Cela fait déjà quelques mois que les chiffres sont catastrophiques. Depuis le 1er janvier 2014, le rouble a perdu 42% de sa valeur par rapport à l’euro, ainsi que 50% face au dollar.

Rouble © Flickr

Rouble © Flickr

Dans un rapport, sa Banque Centrale affirme même que sans modification du prix du baril, la Russie devrait enregistrer une baisse de près de 5% de son PIB au cours des prochains mois, continuant ainsi sa descente aux enfers.
Symptomatique d’un pays en proie aux difficultés quotidiennes, des marches de la faim sont organisées. Dans des villes moyennes  comme Tomsk ou Irkoutsk, des voix s’élèvent contre le pouvoir local et réclament la démission des gouverneurs chaperonnés par Moscou.
On notera aussi, depuis 1 an, l’incroyable exode des investisseurs étrangers installés sur les bords de la Volga. Enfin, selon des estimations retranscrites par la presse russe, 1 million de personnes pourraient perdre leur emploi au cours de l’année 2015.

Le retour des vieux démons

Au début des années 1990, lorsque le pays se trouvait dans une anarchie économique totale, les citoyens de la Fédération, en particulier les restaurateurs et professionnels vivant du commerce, préféraient réaliser leurs transactions dans ce que les Russes nomment l’unité conventionnelle.
Avec une économie fortement dépendante des taux de change, car acheteuse d’énormément de produits vendus en euros ou en dollars, destinés ensuite au marché intérieur, les citoyens de la Mère Russie accordent une confiance de plus en plus limitée à leur monnaie. Les médias locaux rapportent que certains magasins ressuscitent ce système de transaction. Ce dernier consiste en la création d’une unité convertible, et dont la valeur est basée sur le cour des monnaies fortes que sont le dollar ou l’euro. Il est facile d’ajuster ces unités aux fluctuations brutales du rouble, tout en gardant en poche une valeur de transaction crédible.

La Chine prend ses distances

Alors qu’il annonçait vouloir faire du rouble la monnaie de réserve mondiale via une collaboration étroite avec la Chine, à travers un vaste programme d’échange et de commerce avec le yuan, Vladimir Poutine revoit ses ambitions à la baisse. Dernièrement, l’Etat Chinois, en charge de la construction d’un nouveau tronçon du métro moscovite, a ainsi refusé d’être payé en roubles.

Métro de Moscou © Flickr

Métro de Moscou © Flickr

Le géant automobile chinois JAS a par ailleurs annoncé qu’il allait prochainement instaurer le prix de ses véhicules en vente en Russie en unités conventionnelles, tout en n’hésitant pas à corser volontairement le taux de change en sa faveur. Enfin, de plus en plus de sites de e-commerce n’hésitent plus à afficher leurs prix sous cette forme, rendant le rouble obsolète chez les jeunes consommateurs.

Quelles solutions?

Pris à la gorge, les dirigeants russes ont annoncé une baisse des dépenses publiques de 10% en vue de 2015, tout en maintenant qu’ils ne baisseront pas les aides sociales. Une baisse des énormes dépenses en armement n’est pas à l’ordre du jour, même si des rumeurs font état d’un report d’une dépense de 460 milliards de roubles (soit 8,4 milliards de dollars avant l’effondrement de son cours) en nouvelles armes. Devant l’urgence de la situation, la Banque centrale russe a décidé, dans la nuit du 15 au 16 décembre, de réévaluer artificiellement sa monnaie, faisant passer son taux directeur à 17%, pour tenter de relancer un tant soit peu son économie.

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Diplômé d’un Master d’Histoire, je suis un passionné de l’actualité internationale en général, avec une préférence pour l’Europe de l’Est, ses peuples et ses cultures.

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