Singapour, la ville des interdits

La cité-état d’Asie du sud-est fait rêver. Avec un essor sans discontinuité depuis son indépendance, la « Suisse d’Asie » s’impose comme le pays asiatique auquel il faut prendre exemple. Avec une population au niveau de vie relativement élevé, Singapour demeure néanmoins une « démocratie autoritaire », comme certains la qualifient.

Mégots de cigarettes, chewing-gum, déchets, uriner, cracher, tout ceci a été banni des rues de Singapour. Cette cité-état, indépendante depuis 1965, a réussi à s’imposer sur la scène internationale et est devenue une exception à la fois asiatique mais aussi mondiale. Et pour cause : Singapour n’a pas, à l’instar d’autres pays asiatiques, développé sa richesse avec le pétrole. Le pays est le seul à pouvoir prétendre être une économie développée, avec une population qui possède un niveau de vie comparable aux pays les plus avancés. Mais derrière cette réussite, se cache une discipline de fer imposée par le gouvernement depuis l’indépendance. En outre, « Tout ce qui est amusant est interdit à Singapour » s’amusent à dire certains.

© WestEnd61/Rex

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Sexe, drogues, jeux : ce qui est prohibé

Il est vrai que manger ou même boire est interdit dans les transports publics, passible d’une amende. Pour aller plus loin, la censure est quant à elle extrêmement présente sur l’île, la presse et internet étant les premiers touchés. « Singapour n’a pas cessé d’utiliser la loi pénale contre la diffamation pour restreindre la liberté de parole, ce qui impacte lourdement l’opposition politique d’une part, mais aussi tous les médias internationaux », constate Phil Robertson, directeur de la division Asie de Human Rights Watch. Certains interdits sont mêmes incroyables, comme la possession d’antennes paraboliques tout simplement prohibées.

Le sexe, lui, demeure une question taboue pour la société Singapourienne : de fait, la pornographie est interdite et la prostitution n’est possible que dans certains quartiers de la ville. Quant aux drogues, ne vous amusez pas à repartir avec quelques grammes de cocaïne ou d’héroïne sur vous, vous risqueriez la peine de mort.

Pour les flambeurs nocturnes, seuls deux casinos sont ouverts, seulement pour les étrangers. Les Singapouriens eux, doivent débourser pas moins de $100 afin de pouvoir goûter aux plaisirs de la roulette.

Ces règles de vie n’ont qu’un seul but : maintenir l’ordre, la propreté, la discipline et l’éducation. Le tout est soutenu par une véritable culture de la délation, comme avec l’influent site Stomp, où les internautes mettent en ligne des photos et des vidéos  de personnes commettant des délits. En y indiquant le maximum de détails comme le nom de la rue, l’heure de la journée, la description de la personne, les internautes facilitent alors le travail de la police qui vient collecter ces informations. Une stratégie controversée qui porte tout de même ses fruits : le taux de criminalité de Singapour est l’un des plus bas au monde.

L’ancien Président sud-coréen Lee Myung-bak rencontre le Ministre Mentor Lee Kuan Yew

L’ancien Président sud-coréen Lee Myung-bak rencontre le Ministre Mentor Lee Kuan Yew

Une famille à l’origine de ce mode de vie

La Corée du Sud et Taïwan ont souvent été comparés à Singapour, puisqu’ils ont eux aussi connu une phase de « développementisme autoritaire » jusqu’en 1980. Ils se sont par la suite démocratisés. Singapour a quant à elle sauvegardé ce régime unique au monde, dirigé par une famille au pouvoir depuis la libération, les Lee. De 1959 à 1990, Lee Kuan Yew, fondateur du Parti d’Action Populaire, fut le premier ministre de Singapour. Par la suite, il deviendra Ministre Senior puis, dès 2004, Ministre Mentor après la nomination de son fils Lee Hsien Loong à la tête du pays. Une famille qui tire son pouvoir de son parti, le PAP, majoritaire depuis 1959 au sein du parlement, mais aussi des médias, comme le souligne Phil Robertson :  

Ce régime n’est composé que d’un seul parti autorisé au pouvoir, le PAP, depuis que Lee Kuan Yew a pris le pouvoir en tant que Premier ministre en 1959. Le discours public s’est peut être adouci ces dernières années, mais la rigueur des restrictions des libertés est toujours la même. La télévision, la radio est les journaux sont toujours tenus par la main de fer du PAP.

© William Cho

© William Cho

Une ville au tourisme croissant

Malgré ses règles de vie spartiates et une politique pointée du doigt, Singapour attire et fascine. Cette année 2015 sera assurément l’année de la cité-état, puisqu’elle fête la cinquantième année de son indépendance. Pour Lonely Planet, Singapour est donc logiquement la destination N°1 pour 2015. En plus de son anniversaire, la ville accueillera les 28èmes jeux d’Asie du Sud-est. Vous l’aurez compris, tout vous attend pour découvrir cette île ou les extrêmes ne connaissent aucunes limites.

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Né dans un chaudron, j'ai développé une curiosité maladive qui m'a amené à me passionner pour l'international. Serpentard adoubé et champion de Cramois'Île, je collabore notamment avec Ijsberg Magazine, Grafitee ainsi qu'Impact Magazine. Entre Ukraine et Islande, me voici de retour après 6 000 km à travers la Scandinavie.

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