Slovaquie : Un référendum qui tombe mal

Le 7 février 2015, la Slovaquie organisait un référendum dont le sujet portait sur la famille et les droits des homosexuels.
En cas d’élections, le résultat aurait été sans appel.

Un vote à sens unique

En effet, plus de 90% des participants se sont prononcés contre le mariage homosexuel, contre l’adoption par les couples homosexuels, ainsi que pour le fait que les leçons d’éducation sexuelle et d’information sur l’euthanasie soient non obligatoires au sein des écoles publiques slovaques.

Il est à noter que l’initiative de l’organisation de ce référendum revient à l’Aliancia za Rodinu (Union pour la Famille), instigatrice d’une pétition ayant réuni 400 000 signatures, alors que 350 000 suffisaient dans un pays comptant 5.4 millions d’habitants.
Entité créée en décembre 2013 afin de défendre les valeurs du mariage et de la famille, l’Union pour la Famille rassemble plus de 90 organisations actives dans le domaine social.

Logo © Aliancia za Rodinu.sk

En lien avec ce référendum, ses propositions ont été officiellement soutenues par l’église catholique romaine, gréco-catholique, orthodoxe, réformée, mais aussi par l’église évangélique de Brethren Church et de la confession d’Augsbourg.

A la question « Pensez-vous que seule l’union d’un homme et d’une femme peut être appelée mariage ? », 94.5% des votants ont répondu oui.

92.43% des participants ont répondu oui à l’interrogation suivante : « Pensez-vous que les paires ou groupes de même sexe ne devraient pas être autorisés à adopter et à élever des enfants ? ».

Enfin, au dernier point formulé ainsi : « Pensez-vous que des écoles ne devraient pas exiger que des enfants participent à des cours concernant le comportement sexuel ou l’euthanasie si les enfants ou leurs parents ne sont pas d’accord ? », le oui a récolté 90.32% des voix.

Un résultat rendu nul

Mais qui dit référendum, dit 50% de participation.
Avec un taux d’à peine 21.41%, c’est déjà la 8ème fois qu’un référendum slovaque est rendu nul de cette manière, chiffre incontestablement élevé pour un pays existant de façon autonome depuis 1993.

Il est intéressant de remarquer que le seul référendum ayant rempli ce fameux quota des 50% fût, en 2003, celui au sujet de l’adhésion de la Slovaquie à l’Union Européenne, lors duquel 53% des votants s’étaient déclarés pour.

Pour Grigorij Meseznikov, chercheur à l’Institut des Problématiques Sociales de Bratislava, « les Slovaques ne se rendent tout simplement pas aux référendums. Et ils portent par ailleurs très peu d’intérêt aux droits des homosexuels ».

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© Flickr

Une classe politique mesurée

Ainsi ce sont surtout les représentants politiques locaux qui se sont avant tout passionnés pour cette problématique. L’immense majorité d’entre eux a ainsi vivement soutenu ce référendum, mais aussi affirmé qu’ils allaient y prendre part, seuls les membres du parti libéral Liberté Et Solidarité ayant annoncé leur non participation au vote.

La plus grande surprise reste l’appui de ce référendum par Robert Fico, le 1er ministre de gauche, mais qui a néanmoins préféré ne pas dévoiler son choix.

Selon Meseznikov, cette neutralité de façade s’explique par le fait que « Fico comprend parfaitement qu’il y a parmi les électeurs de son propre parti un nombre important de conservateurs ».

Selon l’Union Pour la Famille, l’échec du référendum serait lié à un boycott généralisé de cette thématique de la part de la majorité des médias locaux. Le spot télévisé dans lequel – à la place de 2 parents hétérosexuels – 2 parents homosexuels viennent chercher un enfant, a par exemple été ignoré par toutes les stations, y compris la station publique RTVS (Radio et télévision slovaque).

Malgré l’insuffisance du taux de participation, les conservateurs slovaques peuvent tout de même jubiler, car la campagne pré-référendum a soulevé dans l’ensemble de la société une vague de réactions homophobes.

Les inquiétudes du Président, Andrej Kiska, qui voulait à tout prix éviter un vote national « sur les homosexuels », se sont matérialisées par une présentation de sa part au Conseil Constitutionnel local d’une motion visant à annuler ce référendum.

Andrej Kiske – © Flickr

L’organe suprême a néanmoins considéré que les questions posées étaient en accord avec la Constitution.

Selon l’ancienne premier ministre Iveta Radicova, cette échéance aurait « réveillé tout ce qu’il y a de plus mauvais en les Slovaques ».
Les soutiens de l’égalité juridique des homosexuels étaient malgré tout satisfaits du faible taux de participation. Pour Roman Schlesinger, issu de l’association Différence, les pro-mariage gay sont surtout « soulagés que ce soit enfin terminé ».

Le conservatisme de la société slovaque contraste avec son voisin tchèque, où depuis 9 ans est appliqué un texte de loi donnant la possibilité de légaliser les couples homosexuels à ceux qui le désirent, et dont plus de 2000 couples ont profité jusqu’à ce jour.

Le gouvernement slovaque se retrouve finalement dans une impasse idéologique. Elu pour des raisons économiques de la part d’un peuple attaché à la notion d’Etat Providence, il ne peut modifier les lois touchant aux mœurs locales, au risque de perdre ses électeurs conservateurs, comme le résume l’explication laconique du 1er Ministre Robert Fico : « Ce n’est pas un sujet que nous aimerions traiter en ce moment ».

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Diplômé d’un Master d’Histoire, je suis un passionné de l’actualité internationale en général, avec une préférence pour l’Europe de l’Est, ses peuples et ses cultures.

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