Le sport comme outil d’émancipation des femmes en Afghanistan

Si pour les femmes européennes que nous sommes, la pratique d’une activité sportive ne relève plus d’un défi aux normes sociales en vigueur, l’histoire s’avère différente dans d’autres pays. Encore aujourd’hui, nombreuses sont les femmes qui doivent se battre pour faire reconnaître des droits qui sont acquis naturellement par les hommes.

Le rejet du Parlement européen d’un rapport sur l’égalité entre les hommes et les femmes en mars dernier a fait grand bruit. Il défendait principalement l’égalité salariale qui, dans nos pays dits «développés», a bien du mal à être appliquée. Dans d’autres lieux du monde, la violation des droits des femmes apparaît à des niveaux plus primaires. Certaines sont par exemple privées du droit à l’instruction, qui est une des plus grandes remises en cause des droits de l’Homme (oui, la formule droits de l’Homme s’écrit bien avec un H au cas où certains mais aussi certaines l’auraient oublié). D’autres, sous prétexte des conventions sociales et religieuses, doivent faire face à des insultes et remarques de tout genre parce qu’elles pratiquent une activité sportive. C’est ce que subissent en effet les femmes de l’équipe nationale afghane de cyclisme féminin.

Le cyclisme féminin en Afghanistan est un moyen de lutte contre la domination masculine qui reste prépondérante au sein de la société afghane.

La petite reine comme symbole de liberté

Si ces femmes déclarent ne pas faire de politique, il est évident que leur choix de pratiquer le vélo s’attaque à de nombreux préjugés et fait passer de multiples messages. Le cyclisme féminin en Afghanistan est un moyen de lutte contre la domination masculine qui reste prépondérante au sein de la société afghane. C’est aussi un outil clé contre le retour progressif des Talibans qui n’ont eu de cesse de violer la condition féminine depuis la prise de Kaboul en 1996 à la chute du pouvoir en novembre 2001, et continuent de le faire dans certaines régions d’Afghanistan. Plus que jamais, les femmes afghanes doivent se battre pour, si ce n’est gagner plus de droits, conserver ceux qu’elle ont acquis depuis le départ du Mollah Omar. L’Afghanistan continue d’être entre l’ombre et la lumière, et le cyclisme féminin défie l’obscurantisme qui menace continuellement le pays. Comme vous pouvez l’imaginer, c’est une activité risquée. Récemment, l’équipe a été prise à parti par un groupe de jeunes hommes et deux des membres ont été blessées, ce qui a révolté M. Mohammed Saddiq, le président de la fédération afghane de cyclisme. C’est pour répondre au souhait de sa fille de pratiquer du vélo qu’il a décidé de monter cette association. Un homme de progrès diront certains, un père aimant tout simplement pour d’autres. Mais rien n’est simple en Afghanistan.

 

Soutenir le sport féminin, c’est permettre aux femmes en Afghanistan d’exprimer toutes leurs potentialités

Si l’accès à l’éducation reste la première priorité, d’autres domaines, tel que le sport, participent aussi à favoriser l’émancipation des femmes. C’est en tout cas l’optique dans laquelle s’inscrit l’association NEGAR fondée par Shoukria Haidar, seule afghane possédant un diplôme étranger (Université de Nice, France) en éducation physique. Si son principal objectif lors de son retour en Afghanistan en 1995 était de redynamiser le sport dans son pays, l’arrivée des talibans au pouvoir va changer la donne. Mme. Haïdar va élargir son champ d’action, tout en gardant le sport comme socle de base. Elle réussira à faire participer deux filles et un garçon afghans aux J.O de Sydney en 2000. Aujourd’hui, l’association est toujours active et compte de plus en plus de soutiens. En décembre 2013, Mme. Haïdar a répondu à l’invitation de Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem à participer au trentième anniversaire de la ratification par la France de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes.

La boxeuse Sadaf Rahimi, entourée de ses soeurs Shabnum et Sadaf à Kabul en 2011 - Flickr

La boxeuse Sadaf Rahimi, entourée de ses soeurs Shabnum et Sadaf à Kabul en 2011 – Flickr

Grâce aux différentes initiatives menées pour l’émancipation des femmes depuis la chute du régime des talibans, les sportives afghanes haussent le ton et comprennent combien leur rôle est important dans la lutte pour l’émancipation des femmes dans leur pays. Citons par exemple la boxeuse Sadaf Rahimi qui déclarait avant les JO de Londres:

« Je suis fatiguée que le monde voit les femmes Afghanes comme des victimes. Je souhaite délivrer un message au monde à travers mes combats. Peu importe si je gagne une médaille ou non, aussitôt sur le ring, je serai devenue un symbole de courage. »[1]

Une chose est certaine, le futur de l’Afghanistan repose en grande partie sur les femmes qui sont plus que jamais prêtes à redorer le blason de leur pays. Encore faut-il leur en donner les moyens….


[1]   S. Vaugondy, «La boxeuse venue d’Afghanistan», Blog À Contrario, 2012, http://www.a-contrario.fr/#/articles/actualites/sport/boxeuse-afghane

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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