Symptôme ou remède de la crise?

L’idée de civilisation a été introduite au XVIIIè siècle par les penseurs français, en opposition à celle de «barbarie». La société civilisée est différente de la société primitive, car elle repose sur des institutions, se développe dans des villes et jouit d’un degré plus ou moins grand d’éducation. Autrement dit, comme l’expose Samuel P. Huntington dans son œuvre Le Choc des civilisations, «être civilisé serait bien, ne pas l’être serait mal». À l’époque, les Européens ont dédié beaucoup d’efforts à concevoir ces critères afin d’évaluer si les sociétés –spécialement celles non occidentales– étaient «assez civilisées» pour être acceptées comme membres du système international dominé par l’Europe.

Depuis la crise financière qui a éclaté en 2008, les conditions qui marquent «être» ou «ne pas être» membre du système restent bien liées au pourcentage du PIB auquel s’élève la dette. Or une troisième voie s’est ouverte cette semaine en Grèce. Le triomphe de Syriza inaugure un nouveau système de partis et oblige l’Europe à réfléchir sur les politiques «anti-crise» de rigueur. Le changement s’est frayé un chemin dimanche dernier avec la victoire de l’extrême gauche qui, ayant obtenu 36,3% des voix et 149 sièges au Parlement, devient un synonyme de transformation pour la République hellénique, ainsi que pour l’Europe.

Un Gouvernement grec pour les Grecs

Syriza, qui l’emporte lors de cette sixième élection depuis 2008, aura une lourde tâche à accomplir. Affronter une crise socioéconomique avec 300.000 familles sous le seuil de la pauvreté, une chute du 25% du PIB en cinq ans, plus du 50% de chômage des jeunes, une dette de 300.000 millions d’euros et aujourd’hui un obstacle supplémentaire : changer les règles du jeu en cours de partie. Malgré une timide récupération de l’économie, les négociations avec la troïka sur le fil du rasoir et un report des délais prévus par le deuxième plan de sauvetage, l’Exécutif qui dirigera Syriza veut, non seulement abandonner immédiatement le plan de sauvetage, mais restructurer la dette et quitter la direction de la troîka de créanciers, formée par la Commission européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Monétaire International.

Le but, «reprendre sa souveraineté», comme l’a exposé son leader Alexis Tsipras dans la clôture de campagne à Athènes. Au-delà des nouvelles négociations, l’Eurogroupe a lancé un message assez clair ; le respect des engagements avec leurs partenaires européens en échange des deux plans de refoulement.

Adolfo Lujan / DISO Press -  © Flickr

Adolfo Lujan / DISO Press – © Flickr

Impact plus politique qu’économique

En tout cas, la question en plein air reste plutôt sur le plan politique. C’est l’avancement des nouveaux mouvements politiques en réponse à une grande crise économique et sociale qui continue, sans obtenir de bonnes solutions. Le discours en opposition à l’Union Européenne et ses institutions de la part de Syriza n’est pas loin de celui développé par le Front National en France ou par celui de Podemos en Espagne. L’Europe a un grand défi à relever, face au progrès des populismes et nationalismes contraires au procès intégrateur du système –rappelons, «être» ou «ne pas être»–. La classe politique devrait donc réfléchir pour trouver un remède aux problèmes et au pessimisme d’une société polarisée. Au sens large, une société européenne divisée en deux : une Europe créancière et une autre débitrice.

Bloco - © Flickr

Bloco – © Flickr

L’impact que génère le triomphe de Syriza a des effets dans le reste du Vieux Continent. Comme le dit Tspiras, sa victoire est « pour les citoyens de toute l’Europe qui luttent contre l’austérité qui achevait un avenir commun ». Mais la mauvaise gestion de la crise de ces dernières années rend le fonctionnement du système traditionnel des deux partis du Sud de l’Europe de plus en plus difficile.

Tandis que les propositions de Syriza contrarient à Bruxelles et à Berlin, elles ont été source d’inspiration pour d’autres pays, notamment ceux du Sud de l’Europe, victimes de la crise également, qui rencontrent les mêmes difficultés. Néanmoins, si l’inévitable ajustement économique ne s’étale pas dans le temps, et de manière équitable, la situation sociale de la Grèce deviendra difficilement soutenable.

La réponse élargie est que cette crise peut être réglée et que l’on pourrait y faire face. Elle peut être aussi bien un symptôme, qu’un remède. À tous de jouer !

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Diplômée en journalisme et captivée par tout ce qui se passe à échelle internationale. Je suis d'ici et là. De tous côtés, mais de nulle part.

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