Terrorisme islamiste, enfant de l’irresponsabilité occidentale ?

Le soleil se lève à l’Orient et se couche à l’Occident. Quand il n’y aura plus d’Orient et d’Occident, il n’y aura plus de lumière.

Depuis la Guerre du Golfe de 1990, et plus récemment l’attentat du 11 Septembre 2001 qui donna prétexte à l’invasion de l’Irak en 2003, le traitement médiatique et politique de la «menace islamiste» a aggravé l’image dichotomique d’un Occident et d’un Orient radicalement opposés. Les récentes attaques terroristes n’ont fait qu’accentuer la nauséabonde théorie de l’inéluctable «choc des civilisations». Conclusion d’une analyse exclusivement culturaliste et religieuse qui fait fi du politique et de l’économique, la théorie du « choc des civilisations » attire néanmoins de plus en plus d’adeptes. Exacerbant le sentiment d’appartenance à une culture intrinsèquement meilleure que les autres, le concept de «choc des civilisations » compose la base idéologique de la « guerre contre le terrorisme » dont les ultra-conservateurs américains et l’extrême droite européenne savent tirer scrupuleusement profit.

Suite aux attentats de Londres en 2005, certains observateurs se demandaient si nous étions attaqués pour ce que nous sommes, ou pour ce que nous faisons. S’il est indéniable que les djihadistes islamistes rejettent massivement tout ce que l’homme occidental représente, cela ne suffit pas à expliquer que le terrorisme se développe encore à une telle vitesse aujourd’hui. Ce que nous faisons, chaque décision politique, idéologique et militaire de nos dirigeants, est aussi largement en cause…

Quand le Bien part en Croisade contre le Mal

Si les attentats sont simplement vécus comme une guerre du terrorisme islamiste contre l’Occident et ses valeurs les plus chères, c’est parce que les dirigeants occidentaux s’acharnent à isoler ces tristes événements du contexte géopolitique dans lequel ils ont pu être réalisés. En effet, l’ingérence américaine dans les affaires politiques du Proche-Orient a longtemps été vécue par les musulmans comme un acharnement contre l’islam, et plus généralement contre les peuples arabes, considérés comme de simples pions sur l’échiquier géopolitique américain.

11.09. Le bras droit du Président informe G.W Bush des attaques contre le World Trade Center. « Un deuxième avion a percuté la seconde tour. L’Amérique est attaquée ». © REUTERS Win McNamee

« Il n’est plus temps de trouver des excuses au terrorisme », avait sermonné le ministre britannique des Affaires étrangères en 2005 après les attentats de Londres. Ce raisonnement, qui flirte à peine avec le « terrorisme intellectuel » dont certains gouvernants occidentaux ont le secret, fait écho à la tonitruante déclaration de G.W Bush, quelques jours après les attaques du 11 Septembre:

Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous.

Le Président avait par la suite appelé à la « Croisade contre le terrorisme », triste référence historique qui ne pouvait qu’engendrer le courroux et la crainte des musulmans du monde entier. Pour couronner le tout, les mensonges de l’administration américaine pour convaincre l’opinion publique d’entrer en guerre contre l’Irak n’ont fait qu’anéantir la crédibilité du discours de Washington et renforcer les diatribes des leaders d’Al-Qaïda…

La politique de l’endormissement

A chaque nouvel attentat terroriste, les responsables politiques occidentaux font appel au même discours et jouent tour à tour les mêmes cartes : celle de la consternation et de la compassion vis à vis des victimes, puis celles du volontarisme et du courage, en réaffirmant leur persévérance dans la traque des terroristes. De ce fait, les gouvernants occidentaux restreignent la lecture des événements à une dimension purement émotionnelle et martèlent à outrance que notre camp, celui du Bien, combattra sans faiblir toute la cruauté de ce monde.

AFP Robert Giroux

Le 11 Septembre 2001 au petit matin, deux avions de ligne détournés par des djihadistes d’Al-Qaïda s’écrasaient contre les tours du World Trade Center.

Cette instrumentalisation de l’émotion crée au sein des peuples un état de stupeur et d’hébétement propre à engourdir les cerveaux, désormais incapables de remettre en cause notre rôle dans le jeu géopolitique international. Par ce mécanisme d’endormissement, les tenants et aboutissants des exactions terroristes restent incomprises par une très grande partie de la population. Cette obstination des gouvernants à occulter les rouages du jeu d’échec mondial au sein duquel leurs populations sont engagées malgré elles fait partie d’une stratégie politique, idéologique et militaire : réduit au stade de la stupeur et de l’émotion, les populations continueront d’apporter leur fidélité électorale et patriotique.

L’Islam, antithèse du monde occidental

Pourtant, le meilleur hommage qu’on puisse rendre aux victimes du terrorisme reste de faire l’effort de comprendre et de mesurer la complexité des jeux de pouvoir qui se trament sur la scène mondiale. Il devient également très urgent d’analyser la question de l’image de l’Arabe telle qu’elle est médiatiquement véhiculée en Occident. La représentation occidentale du monde « arabo-musulman » tourne en effet exclusivement autour de la question du sous-développement, de la tyrannie et du fanatisme religieux. Ainsi, l’Orient, l’Arabe et particulièrement la figure-type du musulman sont devenus, dès la fin du 20ème siècle, l’antithèse absolue de notre monde, de notre « civilisation ». L’Orient, miroir inversé de l’Occident, ne se définit plus que par opposition à ce dernier.

Afp (2)

© AFP

 Certes, il ne s’agit pas de nier le fait que dans l’opinion arabo-musulmane, une stratégie de diabolisation du camp adverse est également mise en œuvre. C’est pourquoi penser la complexité de l’ « Autre » reste le seul véritable remède aux amalgames et aux simplifications abusives qui ne font qu’envenimer l’animosité et les incompréhensions mutuelles. Dans cette perspective, il nous est donc impossible de comprendre les actes terroristes qu’en termes de religion ou de culture. Expliquer les violences terroristes par la différence culturelle ou par une « maladie » qui serait propre à l’Islam ne sert qu’à faire le lit des extrêmes de tous bords. Il n’est pas fou de penser qu’il n’y aurait peut-être jamais eu de 11 septembre si l’Occident en général, et les États-Unis en particulier, n’usaient pas des méthodes qui sont les leurs pour défendre leurs petits intérêts économiques au Proche-Orient. Si cela n’excuse bien sûr en rien les actes odieux de ceux qui ont tué des innocents pour combattre leurs agresseurs, c’est bien l’insupportable oppression d’un camp dominant sur l’autre qui reste la raison première de ce déferlement de violence.

(REUTERS) Jacky Naegelen

En décembre 2007, le Président Nicolas Sarkozy recevait en grande pompe l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi afin de « normaliser les relations diplomatiques entre la France et le Libye ».

Nier le besoin de moderniser certains pans de la culture populaire du monde musulman, où la tentation du repli intégriste est extrêmement dangereuse, serait bien entendu contre-productif. Mais aucune ouverture culturelle ne peut se mettre en place sans une véritable libéralisation politique. Or, le soutien de nos dirigeants occidentaux aux dictatures proche-orientales contribue largement à priver cette région du monde d’un possible changement politique.

Enfin, lire et appréhender la complexité du monde à travers le seul prisme de son appartenance à une culture ou à une religion reste un piège pernicieux que les pays musulmans se doivent d’éviter. Il est toutefois bon de garder en tête que cette dramatique tendance est loin d’être l’apanage du monde musulman: l’Occident, les Etats-Unis en tête, a lui aussi par le passé lancé cet appel à la « croisade », ce qui en disait déjà long sur ses propres démons…

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© Flickr

 

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Diplômée d'une licence en journalisme et communication appliquée, puis d'un Master 2 en Politique européenne, j'ai touché à la radio, à la presse écrite, à la presse féminine et même touristique. Féministe de cœur, Parisienne de naissance et journaliste de formation, je suis par la force des choses curieuse, fouineuse et (un peu) râleuse.

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