Tough Guy® The Original. Courir un peu, beaucoup, à la folie

Depuis 1987, chaque dernier dimanche de janvier, les abords de la ville de Wolverhampton en Angleterre accueillent l’événement Tough Guy®, l’une des courses d’obstacles en extérieur les plus éprouvantes au monde. 2015 n’aura pas dérogé à la règle et ce dimanche 32 janvier (que les esprits étroits s’obstinent à nommer 1er février), des milliers de participants un peu fous ont convergé du monde entier vers les Midlands britanniques pour relever le défi.

Dès avant le coup d’envoi de la course, les concurrents sont plongés entre appréhension et excitation au cœur d’un joyeux folklore éclectique et coloré. Aux athlètes confirmés se mêle tout ce que la planète compte de barjos inconscients en déguisements trash et peintures outrancières. Mais une fois la ligne de départ franchie, chacun se retrouve seul face à lui-même, dans un rapport égal à l’effort, la difficulté et l’exigence du dépassement de soi.

Encerclé par une horde sauvage lancée à l’assaut d’elle-même, chaque concurrent doit avancer pour ne pas se laisser écraser. Engagé dans une course de 15 km jalonnée d’obstacles naturels et artificiels, chacun doit lutter pour résister à la fatigue, au froid hivernal et à l’eau glaciale ; pour gravir les murs, franchir les lignes de barbelés, surmonter les obstacles à la force des muscles qui tétanisent, bientôt à la seule force de la détermination. Affronter les risques d’hypothermie, d’électrocution, de commotions, d’entorses, de fractures. Ou pire. La mort est le risque ultime de la course, un risque que chaque participant accepte d’encourir en signant une décharge à l’iconographie volontairement morbide.

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Source : Photo publique Facebook / Tough Guy The Original

Le défi Tough Guy® s’apparente à un parcours du combattant que les plus jeunes participants vivent souvent comme un rite de passage, un ticket d’entrée dans l’âge adulte. Il met littéralement à l’épreuve le challenger dans une grande métaphore de la vie, jalonnée d’obstacles et toujours hantée par le spectre de la mort.

La promesse Tough Guy® : mourir un peu pour mieux renaitre

Forme d’expérience ultime, la course invite à éprouver le corps dans tous les sens du terme, à le mettre à l’épreuve et à le ressentir au plus profond, pour finalement pouvoir s’en extraire. La souffrance est telle que l’on finit par s’échapper de ce corps anesthésié par la douleur. On quitte alors le monde physique pour finir à la force de l’esprit et vivre une expérience qui se veut aussi méta-physique.

Au plus fort de sa difficulté, l’épreuve Tough Guy® incarne un moment d’obscurité complète, un cauchemar semi-conscient auquel seule la ligne d’arrivée peut mettre fin, tel un soleil qui se lèverait enfin sur la nuit noire. Résonne alors en chaque participant la promesse formulée par la devise de la cité de Wolverhampton : “au milieu des ténèbres, la lumière vient”.

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Crédit photo : Epic Action Imagery

La vision floue du finish line qui se rapproche au cours de l’épreuve s’apparente parfois à un mirage. “Suis-je fou ?” se demande alors le participant. La force de l’expérience en vient inéluctablement à questionner la personne la plus saine d’esprit sur son propre rapport dialectique à la folie. 

Une philosophie mystique plane au-dessus de la course. Elle est animée par une foi laïque ou religieuse qui résonne dans les expériences et croyances propres à chaque participant. Au plus fort de l’obscurité du challenge, elle donne à goûter à un absolu, à toucher la main d’un Dieu métaphorique qui renvoie finalement tous les participants vers la vie.

Eprouver son corps endolori jusqu’à le faire mourir un peu, expérimenter une forme spirituelle de l’être pour mieux vivre la résurrection de son propre corps, telle est donc la promesse mystique de cette folle expérience Tough Guy®. Et c’est à son incroyable fondateur, l’inénarrable Mr Mouse, qu’il revient de l’avoir formulée.

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Billy Wilson, alias Mr Mouse (Source : Rise of the Sufferfests: A Documentary)

Mr Mouse, The Madman of the Midlands 

La course ne serait rien sans Billy Wilson, mieux connu sous le nom de Mister Mouse. Figure tutélaire du Tough Guy®, à la fois défiante et bienveillante, “l’homme fou des Midlands” impose sans mal sa formidable présence. Celui qui se plaît tant à jouer au fou incarne à lui seul l’originalité, l’humour et le mysticisme de la course. Tout en regard vif et moustache fournie, c’est un Tough guy, un vrai, qui a d’abord organisé l’événement pour financer ses activités caritatives. 

Ancien barbier militaire, Mr Mouse a eu l’idée de la course en 1986 depuis sa “Ferme des malchanceux”, vieille bâtisse anglaise typique du XVIIIe siècle et véritable sanctuaire pour chevaux et chiens. Personnage hors normes, il dissimule derrière la légèreté de son humour britannique une profonde philosophie de la vie. Lui mieux que personne exprime combien la course est plus qu’un joyeux rassemblement d’inconscients en tous genres. “Le fondement de Tough Guy”, dit-il, “est que les gens pensent qu’ils vont s’amuser, mais on les pousse jusqu’à ce qu’ils ne puissent pas résister à l’épuisement total. Parce que c’est là, quand vous êtes vraiment au bout, qu’il est possible de voir quelque chose de différent de l’autre côté.”*

Chaque année, ils sont 5.000 à 7.000 madmen du monde entier à relever le défi lancé par Mr Mouse. Et vous, vous serez où le dernier dimanche de janvier 2016 ?

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Photo publique Facebook : Tough Guy The Original

Site officiel de l’événement : http://www.toughguy.co.uk/

“Tough Guy. The Madman of the Midlands”, mini-documentaire de 4’59 par The Good Line : http://vimeo.com/56557280/

* Propos recueillis par Michael Wright et publiés dans Saga le 2 janvier 2014, http://www.saga.co.uk/saga-magazine/2014/january/tough-guy.aspx – Traduits par mes soins.

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Auteure amateure, j’aime les mots qui résonnent et les idées qui déraisonnent.

    2 Commentaires

    • Répondre février 10, 2015

      Samrun

      Bonjour, je fais partie de la petite vingtaine de français ayant couru Tough Guy cette année et la description que vous en faites est en parfaite adéquation avec mon expérience personnelle !
      Marathonien « de formation », j’ai préparé Tough Guy tout au long de l’année écoulée, Mudday, spartan race, frappadingue, strongman run, plus un stage intensif de running dans l’eau de mer au mois de janvier, le tout associé à du cross country hivernal, du fitness et une diététique de l’effort sans faille. Mais rien ne prépare l’esprit à ce choc! l J’ai fini l’épreuve en deux heures dans un état second, j’ai « quitté mon corps » dans le dernier quart d’heure, ce dernier continuant à courir « mécaniquement » grace à la bonne préparation que je lui avais imposé, mon esprit ayant abdiqué face au froid, à la fatigue, à la douleur…Cette sensation étrange « de se regarder courir de l’extérieur » n’a pris fin qu’après la remise de la médaille et encore a-t-il fallu que l’on me précise que c’était vraiment terminét !! Tough guy c’est exactement la sensation que décrit votre article mais encore faut-il l’avoir vécu….pour y croire!!

      • Répondre février 10, 2015

        Emilie Himeur

        Merci beaucoup pour votre commentaire et surtout toutes mes félicitations pour votre parcours à TG !

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