Trente ans plus tard, l’Opération Blue Star divise toujours la société indienne

Le Pendjab, situé au nord-ouest de l’Inde, est un des Etats les plus prospères du pays. Il tire sa richesse en majorité de l’agriculture, d’où son surnom de « grenier à blé ». Sa population se compose en majorité de sikhs, facilement reconnaissables à leur turban. Le sikhisme est une religion monothéiste apparue au XVème siècle dans la région du Pendjab, qui comprenait alors une partie de l’actuel Pakistan. Depuis plus de quatre cents ans, le Golden Temple est le premier lieu de culte de la religion sikhe et le Guru Grant Sahib son texte religieux fondateur. Il est d’ailleurs conservé à l’intérieur de l’édifice.

Au fil des siècles, le sikhisme a réussi à se structurer en développant une approche religieuse mais aussi sociale, toutes deux ayant contribué à la cohésion des sikhs et à la création d’un peuple à part entière. En 1799 fut ainsi créé un royaume sikh, à l’initiative de Ranjeet Singh. Mais après sa mort, les Britanniques firent du Pendjab leur nouvelle possession.

Faisant la preuve de son esprit conquérant légendaire, la communauté sikhe réapparaît sur le devant de la scène en 1920 avec la création du parti Akali Dal. Celui obtiendra gain de cause en 1966 par l’obtention d’un nouveau partage du Pendjab permettant aux sikhs d’y être majoritaires. Mais avec la venue de nouveaux arrivants non-sikhs, le danger se fait ressentir à nouveau et les velléités de séparatisme se font plus pressantes. La volonté affichée est de créer un nouvel État, le Kalistan, composé du Penjdab indien et pakistanais. Mais ce que souhaite avant tout la plupart des sikhs à l’époque, c’est une meilleure reconnaissance de leurs droits en tant que minorité ainsi qu’une plus juste redistribution des ressources pour le Pendjab tel que le partage de l’eau ainsi que le retour de la ville de Chandigarh en son sein.

1984, une année sanglante dans l’Histoire du Pendjab

Au mois de juin 1984, Indira Gandhi envoie l’armée déloger des militants sikhs menés par Jarnail Singh Bhindranwale et réfugiés au plein cœur du Golden Temple, situé dans la ville d’Amritsar. Cette opération a été vivement critiquée, tant par les sikhs considérant l’entrée de militaires dans leur lieu de culte comme un blasphème que par une grande partie de la population indienne. En effet, si la plupart des militants furent tués, des milliers de civils firent aussi partie des victimes. Indira Gandhi paiera de sa vie sa décision, puisqu’elle sera assassinée par ses deux gardes du corps sikhs le 31 octobre 1984. S’ensuivront de nombreuses attaques portées à l’encontre de la communauté sikhe, notamment à Delhi, au point qu’on en viendra à parler de véritable génocide. Certains éléments accablèrent le gouvernement et la police en démontrant que certains de leurs membres participèrent ou en tout cas facilitèrent les exactions. Le 3 novembre 1984, l’armée et la police entreprirent des actions coups de poing mettant fin aux massacres, mais le sang n’avait déjà été que trop versé. Malgré de nombreuses preuves de leur participation dans les tueries, peu de personnes furent condamnées, ce qui contribua au renforcement du mouvement séparatiste. Puis à partir des années 90, les choses se calmèrent peu à peu, notamment grâce aux actions drastiques menées par la police et l’armée.  Enfin, en 2004, l’élection de Manmohan Singh, de confession sikhe, au poste de premier ministre, finit par marquer la réconciliation. Cependant, aujourd’hui encore, la plaie laissée par l’Opération Blue Star reste vive.

© Flickr Harpreet Dhillon

© Flickr Harpreet Dhillon

Créer une unité nationale en reconnaissant TOUTES les victimes

Décision gouvernementale oblige, le 31 octobre ne commémorera plus la mort d’Indira Gandhi mais devra être considéré comme une journée célébrant l’unité nationale. Cela suit la ligne choisie par Modi depuis son mandat, avec une volonté de limiter le culte observé pour la famille Nehru-Gandhi pendant tant d’années. De plus, en octobre dernier, le gouvernement indien a pris la décision d’accorder des compensations financières aux parents de chaque victime des massacres anti-sikhs de 1984.

Mais cette mesure a fait grincer quelques dents. En effet, le militantisme sikh a lui-aussi fait de nombreuses victimes au travers d’attaques de bus, très fréquentes jusqu’à la fin des années 80. Le prosélytisme n’était jamais loin et beaucoup d’Hindous ayant refusé de se convertir au sikhisme furent tués ou durent quitter le Pendjab. Le parti du Congrès  a récemment écrit une lettre à Modi en lui demandant de prendre position  sur cette question et de reconnaître le mal fait aux Hindous. Il y eut des victimes dans les deux camps, et elles doivent toutes être reconnues. Ce n’est qu’en acceptant toute l’histoire que l’Inde pourra véritablement tourner la page sur ce drame humain. Affaire à suivre. 

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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