Dans les coulisses de l’UNICEF : Interview d’Ann Avril

Depuis bien des années, les collecteurs de dons arpentent les rues des plus grandes villes, dans le but de sensibiliser, récolter des fonds, mais surtout rassembler un maximum de personnes autour d’une bonne cause. La méfiance est bien souvent au rendez-vous ; donner de l’argent au profit d’une œuvre caritative ou d’une ONG reste un sujet délicat. Que devient l’argent donné aux ONG ? Voici l’une des interrogations les plus fréquentes de la part des personnes sollicitées. Pour répondre à ces questions, Ann Avril, la Directrice du développement de l’UNICEF France, a accepté de nous dévoiler l’envers du décor de cette ONG.

D’où provient l’argent des dons ?

« Il existe plusieurs sources. Tout d’abord, il est important de bien discerner UNICEF France et UNICEF International. En ce qui concerne la partie internationale, 60% des contributions proviennent des gouvernements. Quant aux 40% restants, ils proviennent de fonds privés.

En France, les dons privés représentent 70% de l’argent perçu. Cet argent est obtenu essentiellement par le biais de collectes. 10% sont issus de legs, de testaments, 10% proviennent de partenariats tels que Pampers, Clairefontaine, Ikéa, Unilever, pour ne citer que les plus connus, enfin, les 10 % restants sont obtenus par le mécénat, les PME. »

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Vika, 8 ans, réfugiée ukrainienne – © Flickr

Quelle est la place occupée par les dons dans le budget d’une ONG telle que la vôtre ?

« La place occupée par les dons représente 99,9% de l’argent de l’UNICEF. (Les 0,01 restants étant la part de subventions publiques). Le but numéro un et le seul de l’UNICEF est de collecter des dons. Parallèlement, l’UNICEF mène des projets depuis la France. »

En 2014, nous avons eu cinq urgences : le virus Ebola, la Syrie, la guerre civile au Soudan, la République centrafricaine, et l’Irak. Les médias ont joué un rôle dans la mise en évidence de ces urgences. Le problème étant le suivant : plus il y a d’urgences, moins l’attention se porte sur l’une d’entre elles en particulier.

Quels sont les contrôles effectués vis à vis des dons ? La transparence est-elle assurée ?

 « Les ONG ont l’obligation de rendre publics leurs bilans financiers. Elles sont soumises à des normes strictes. Il existe beaucoup de contrôles, c’est une obligation. Au premier niveau, le commissaire aux comptes s’assure de la bonne utilisation des fonds (contrôle annuel). Puis, le comité de la charte se déplace dans les locaux pour les différents contrôles et procédures. Ensuite, le contrôle de la cour des comptes réalise un audit. Cela a dernièrement été fait pour le tsunami de 2004 et Haïti en 2010 notamment. Ces contrôles ont lieu tous les 5 ans en cas d’événement particulier, sinon tous les dix ans.

Enfin au dernier degré, la cour des comptes internationale effectue également des contrôles, car l’UNICEF a cette particularité d’être une agence de l’Organisation des Nations Unies. »

Les dons sont-ils réguliers ?

 « Après le séisme à Haïti en 2010, 11 millions de dons spontanés ont été récoltés. En 2014, nous avons eu cinq urgences : le virus Ebola, la Syrie, la guerre civile au Soudan, la République centrafricaine, et l’Irak. Les médias ont joué un rôle dans la mise en évidence de ces urgences. Le problème étant le suivant : plus il y a d’urgences, moins l’attention se porte sur l’une d’entre elles en particulier. Quand il n’y a qu’une urgence, la population aura plus tendance à se concentrer dessus. »

Capture d'écran unicef.org  © Financement des urgences

© Capture d’écran unicef.org – Financement des urgences

Comment est réparti l’argent des dons ?

 « 77% des dons sont consacrés aux missions sociales, 3% correspondent aux frais de fonctionnement, 20% correspondent aux frais de collecte, car la collecte est la principale mission de l’UNICEF. L’investissement pour la publicité entre dans ces 20%. L’UNICEF ne bénéficie quasiment pas de subventions publiques (seulement 0,01%), ce qui justifie les 20% de frais de collecte. »

Amira, 7 ans, réfugiée syrienne - © Unicef

Amira, 7 ans, réfugiée syrienne – © Unicef

Qu’en est-il des missions sur le terrain ?

 « Il existe évidemment des programmes sur le terrain. Les personnes qui agissent sur le place sont du personnel national (afin de réduire les coûts). La France se charge de l’expertise technique. Cela préserve l’argent de la société civile. En effet, envoyer des volontaires associatifs coûte cher.

Certaines personnes envoyées sur le terrain sont également des salariés en congés solidaires. Cette action est encouragée par les grandes entreprises. Il s’agit d’envoyer des salariés en mission sur leur temps de travail. Il s’agira plutôt d’ingénieurs, ou du personnel médical.

Pour l’encadrement (chef de bureau par exemple), ce sont des personnes étrangères au pays qui sont recrutées. La raison est simple : éviter aux locaux d’êtres imbriqués dans des histoires de corruption. Cela est écrit dans les textes de l’UNICEF. Cela fait partie des procédures. »

les cinq principaux donateurs des fonds humanitaires thématiques  © Capture d'écran unicef.org

Les cinq principaux donateurs des fonds humanitaires thématiques – © Capture d’écran unicef.org

Pouvez-vous nous expliquer le cheminement des dons ?

 « Les dons sont encaissés en France (pour UNICEF France), et ensuite reversés à la maison-mère (à New York). 23% de charges sont retenues au cours de la transaction. Il s’agit de : 3% qui restent sur le territoire français pour : la promotion et le lobbying (l’idée étant de mettre les responsables face à leurs responsabilités).

Cela se traduit par : des interventions dans les écoles, des campagnes de sensibilisation, des études. Quant à la publicité, les ONG ne les financent pas de la même manière qu’une entreprise. Une ONG investit dans la publicité seulement 10% à 20% de ce qu’une entreprise dépenserait pour une campagne. »

Les grands donateurs donnent jusqu’à 50 000, 100 000 euros. Les assurances vies jouent aussi un rôle important. Par exemple, il est arrivé qu’un donateur, par le biais de son assurance vie, reverse à l’UNICEF 7 millions d’euros.

Est-ce qu’un donateur choisit d’effectuer un don pour une cause particulière, ou est-ce que celui-ci effectue un don à l’association, qui par la suite sera utilisé en faveur d’une cause ou d’une autre ?

 « En général, le donateur ne choisit pas la cause qu’il souhaite soutenir. C’est un don général. En cas de catastrophe naturelle par exemple ou d’événement particulier, par la force des choses, le don concernera évidemment cette urgence. En cas de « surplus » d’argent pour une cause en particulier, la somme est dispatchée ailleurs, en faveur d’une autre cause. Mais jamais sans l’accord du donateur. »

principales sources de fonds humanitaires en 2010  © Capture d'écran unicef.org

Principales sources de fonds humanitaires en 2010 – © Capture d’écran unicef.org

Qui sont vos plus gros donateurs ?

« Les grands donateurs donnent jusqu’à 50 000, 100 000 euros. Les assurances vie jouent aussi un rôle important. Par exemple, il est arrivé qu’un donateur, par le biais de son assurance vie, reverse à l’UNICEF 7 millions d’euros.

Nous bénéficions de dons de plusieurs dizaines de milliers d’euros une fois tous les cinq ou dix ans en moyenne. Les hôpitaux et universités parviennent plus facilement à récolter de grosses sommes. Plus par le réseau que par la notoriété, ce qui est tout aussi efficace, voire plus. »

Une père et sa fille en Sierra Leone - © Unicef

Une père et sa fille en Sierra Leone – © Unicef

Un projet dont vous souhaitez nous parler ?

« Nous agissons de diverses manières, en dehors de la collecte. Par exemple, nous avons un objectif : 100% d’enfants vaccinés. Le but étant de réduire la mortalité infantile. Elle a été divisée par deux depuis la fin des années 90. Nous sommes passés de 14 millions de décès à 7 millions. Ce qui prouve que le recul de la mortalité infantile est possible. Les décès sont dus aux maladies sanitaires, dues elles-mêmes à la malnutrition.

Nous mettons également en place des campagnes sur Twitter. L’objectif 100%. Cette campagne a démarré le 15 avril, et se terminera à la fin du mois de juin. Le 19 avril, a eu lieu la première course connectée au monde.  Où que vous vous trouviez dans le monde avec une application de running, vous pouviez courir en faveur de la cause « objectif 100% ». Il s’agit de la première course, mais pas de la dernière. Ce fut un véritable succès ! Nous avons récolté 112 715 euros sur les 80 000 prévus. 5552 coureurs ont participé, sur les 4000 prévus. A l’issu de ce défi, 22 543 enfants ont pu être vaccinés. »

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Titulaire d'un diplôme européen d'études en journalisme, je suis touche à tout, mais je m'intéresse tout particulièrement aux thématiques culturelles.

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