USA et immigration : une histoire passionnelle et tumultueuse

En novembre dernier, Barack Obama a promis la régularisation sous certaines conditions de 5 millions d’immigrés clandestins, soit un peu moins de la moitié d’entre eux. Une mesure qui fait frémir les républicains, et qui a d’ailleurs été bloquée au Texas par un juge le 18 février dernier. Pourtant, depuis sa découverte à la fin du XVème siècle, le continent américain a sans cesse connu des flux migratoires plus ou moins élevés, les immigrés ont été les constructeurs des Etats-Unis. Le territoire, qui n’était peuplé que d’Indiens avant la colonisation, a été investi par les Européens, principalement des Anglais, au cours du XVIème siècle.

Après la déclaration d’indépendance en 1776, il s’est continuellement agrandi, attirant de plus en plus de migrants. Une étude réalisée par le gouvernement américain s’est intéressée à l’immigration outre-Atlantique ces 200 dernières années, prenant seulement en compte les personnes qui se sont vues attribuer le statut de résident permanent. Ce rapport interactif met en évidence la façon dont le contexte géopolitique mondial a poussé les populations à se rendre aux Etats-Unis, façonnant le pays pour en faire l’un des plus cosmopolites du monde.

De la ruée vers l’or à la Première Guerre mondiale, une immigration majoritairement européenne

La première vague d’immigration de masse aux Etats-Unis coïncide parfaitement avec la ruée vers l’or de Californie qui a débuté en 1848, attirant de nombreux aventuriers étrangers, majoritairement Européens. 36,6% des migrants entre 1849 et 1859 étaient Irlandais, fuyant également l’oppression britannique, alors que 34,7% venaient d’Allemagne et 15,8% d’Angleterre. Ces chiffres sont restés similaires les années suivantes, l’immigration étant favorisée sur le territoire américain par le Homestead Act, un traité visant à occuper l’ouest du pays. Les Chinois ont commencé à s’y installer dans les années 1870, ils représentaient alors 4,9% des migrants. En 1882, le président Chester A. Arthur a interdit l’entrée sur le territoire aux Chinois en signant le Chinese Exclusion Act. Il s’agit du premier traité visant explicitement une ethnie.

Personnes ayant obtenu le statut légal de résident permanent classés selon la région ou le pays d'origine entre 1820 et 2013

Personnes ayant obtenu le statut légal de résident permanent classées selon la région ou le pays d’origine entre 1820 et 2013

Dans les années 1890, des migrants d’autres origines, bien que toujours européennes, ont rejoint les Etats-Unis. Ainsi, 9% des nouveaux arrivants étaient Suédois et Norvégiens, 16,3% étaient originaires d’Italie. Les Italiens ont représenté une partie très importante de l’immigration pendant plusieurs décennies, s’installant dans des quartiers communautaires, comme le « Little Italy » new-yorkais.

La majorité d’entre eux venait du sud du pays ou de la Sicile, régions rurales et défavorisées. Les migrants souhaitaient s’enrichir outre-Atlantique avant de repartir, chose rendue impossible après le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. Le conflit a entrainé une forte affluence du vieux continent vers les Etats-Unis. Entre 1909 et 1919, 18% des migrants étaient russes, même chiffre pour ceux qui fuyaient l’Empire austro-hongrois. 9% venaient d’autres pays européens non spécifiés dans l’étude.

Le quartier Little Italy à New York - © FlickR / jphilipg

Le quartier Little Italy à New York – © FlickR / jphilipg

USA et immigration : Restrictions et naissance d’une super puissance

Afin de contrer la montée de l’immigration provoquée par la Grande Guerre, le gouvernement américain a fait entrer en vigueur l’Immigration Act en 1917. Ce traité interdisait à tous les malades physiques ou mentaux, aux toxicomanes, mais aussi à ceux ne maîtrisant pas la langue anglaise de faire leur entrée sur le territoire. Malgré cette restriction, le taux d’immigration est resté stable jusqu’en 1929.

La crise financière a fortement freiné les flux migratoires vers les Etats-Unis. Entre 1919 et 1929, 4 295 510 immigrés ont été recensés contre 699 375 la décennie suivante. Cette baisse impressionnante peut également s’expliquer par l’amélioration de la qualité de vie dans l’Europe d’après guerre. Entre 1939 et 1949, l’immigration ne s’est pas amplifiée malgré la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, les migrants étaient principalement originaires des pays européens en conflit. Sur les 859 608 personnes entrées sur le territoire, 15,4% étaient russes, 13,9% étaient des Allemands, 5,9% venaient d’Italie et 14,4% d’autres pays d’Europe non spécifiés.

En 1945, la fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant dans l’histoire des Etats-Unis. Sorti vainqueur du conflit, le pays est passé du statut de puissance économique à celui de première puissance mondiale aux côtés de l’URSS. Le monde allait désormais être divisé en deux parties, capitalistes contre les communistes. Les Etats-Unis se sont imposés au monde entier à travers la culture, l’« American way of life » a séduit. L’immigration s’est d’ailleurs accentuée entre 1949 et 1959, les migrants fuyant l’Europe dévastée par la guerre. La naissance de la guerre froide a également eu un impact sur les flux migratoires qui se sont totalement transformés.

Le cas particulier du Mexique et de l’Amérique du Sud

Une forte immigration mexicaine débute dans les années 50, représentant 11% des nouvelles arrivées. Ce chiffre ne cessera de s’accroître lors des décennies suivantes. Dans les années 2000, 16% des migrants sont Mexicains. La situation du Mexique est particulière, la frontière américano-mexicaine étant l’une des seules au monde entre un pays en voie de développement et un pays riche. Ils partagent un passé conflictuel, la guerre dans laquelle ils se sont affrontés entre 1846 et 1848 a laissé un goût amer pour les Mexicains, contraints de léguer une grande partie de leur territoire aux Américains.

En outre, une forte immigration venue d’Amérique du Sud et des Caraïbes a vu le jour dans les années 60 et 70. Les populations cherchaient à fuir les tensions politiques engendrées par la guerre froide, à l’image des dictatures chiliennes ou argentines. Cet afflux a poussé les Américains a construire un mur géant le long de la frontière au début des années 2000. De nombreuses patrouilles sont également effectuées afin de surveiller la frontière. Pourtant, les Américains du Sud représentent 25% des immigrés légaux entre 2009 et 2013. Un chiffre qui serait beaucoup plus lourd si les milliers de clandestins qui ont réussi à franchir la barrière étaient pris en compte par l’étude.

La barrière qui sépare les Etats-Unis et le Mexique à Tijuana - © FlickR / Tony Webster

La barrière qui sépare les Etats-Unis et le Mexique à Tijuana – © FlickR / Tony Webster

Implosion de l’URSS : les immigrés quasi tous originaires du tiers monde

Dans les années 60, l’immigration des Asiatiques s’est fortement développée. Entre 1959 et 1969, 8% des migrants étaient originaires d’Asie, chiffre qui ne prend en compte ni les Indiens, ni les Chinois. Le nombre d’immigrés asiatiques a quasiment triplé dans les années 70, ils représentaient alors 21,3% des migrants. L’Asie était à l’époque en proie à de nombreux conflits, notamment au Vietnam. Durant la même période, de nombreux Européens de l’est, 9,3% des migrants, se sont rendus aux Etats-Unis afin d’échapper à l’URSS et ses violences. Même constat pour les Philippins dans les années 80, qui représentaient alors 8% des migrants, fuyant l’état corrompu de Marcos.

A la fin des années 80, l’implosion de l’URSS a permis aux Etats-Unis de devenir l’unique super puissance mondiale et d’atteindre son apogée culturelle et économique. Dans les années 90, l’immigration européenne vers l’Amérique est devenue quasi inexistante, l’économie du vieux continent se portant bien. Les principaux migrants étaient originaires d’Asie et d’Amérique du Sud.

La situation s’est avérée presque identique dans les années 2000, mis à part l’arrivée d’un nombre important d’Africains. Ils représentaient 7,4% des immigrés durant cette décennie, poussés à fuir leurs pays en proies à des guerres civiles, mais aussi à la famine et aux maladies. Entre 1999 et 2009, les Etats-Unis ont accueilli 10 299 430 d’immigrés, le nombre le plus élevé de leur histoire. L’immigration est l’un des thèmes les plus abordés en vue des élections présidentielles de 2016, les républicains réclamant une politique bien plus restrictive qu’elle ne l’est actuellement.

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Diplômée en journalisme, je porte un vif intérêt aux questions sociétales ainsi qu'à l'Histoire.

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