Vaste trafic d’êtres humains au Sinaï : les Érythréens premières victimes

Le désert du Sinaï est un territoire péninsulaire égyptien dont l’extrémité nord-est longe la frontière avec Israël mais aussi avec Gaza. De ce fait, c’est bien sûr une zone sensible, au centre de nombreux trafics. Pour commencer, il faut parler des armes, dont la circulation illégale de part et d’autre de la frontière a connu un important développement après la Seconde Intifada, à la fin 2000. Mais voilà, au-delà des armes, le désert est aussi la plaque tournante d’un vaste trafic d’êtres humains, dont la majorité des victimes viendrait de l’Érythrée et fuirait la dictature. Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, il s’y joue « l’une des crises humanitaires les moins documentées au monde. »

Trafic d'êtres humains depuis l'Erythrée ©Google images

Trafic d’êtres humains depuis l’Erythrée ©Google images

Des milliers d’Érythréens sur le chemin de l’exode

Durant ces dix dernières années, Human Rights Watch n’a eu de cesse d’alerter sur la situation en Érythrée (cf. rapport « I wanted to lie down and die »). Le président du pays Afeworki, mégalomane de son état, se comporte aujourd’hui en véritable tyran. Il voue une véritable haine à l’Éthiopie et mise tout sur l’armée, afin de se préparer à un nouveau conflit. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi le service militaire est obligatoire de 17 ans à 50 ans. Études ou pas, militaire tu seras.

La peur fait aussi partie du quotidien des  Érythréens car la répression est omniprésente. Un seul faux pas et c’est la direction camp d’enfermement. Il y en a de différents types selon le délit commis, mais tous ont en commun l’horreur et la souffrance. C’est tout un peuple qui y est disséminé. En plus d’être une dictature sans nom, l’Érythrée est aussi un des pays les plus pauvres d’Afrique. C’est pourquoi beaucoup sont ceux à choisir l’exode, même au péril de leur vie.

Quand le malheur des uns fait l’argent des autres 

Les deux routes les plus prisées par les migrants sont celles menant en Italie et passant la Lybie, et celle menant en Israël et passant par l’Egypte. « Environ 60 000 migrants africains - majoritairement de l’Érythrée et du Soudan - sont arrivés en Israël à travers le Sinaï depuis 2008. »[1] Face à cette envolée de l’immigration depuis l’Érythrée, certains ont très vite compris les avantages qu’ils pouvaient en tirer, notamment certaines tribus de bédouins du Sinaï. Ils sont partout et viennent même enlever les Érythréens aux abords des camps soudanais de réfugiés, ou trafiquent avec les passeurs qui leur vendent des migrants.

© pencanada.ca

© pencanada.ca

Ensuite, ces derniers sont transportés jusqu’au désert où ils sont torturés en direct, c’est-à-dire qu’on appelle leurs familles pendant qu’ils subissent les pires sévices, pour que celles-ci soient forcées de récolter la rançon au plus vite. Mais voilà, les sommes exigées sont exorbitantes (30 000 euros en moyenne) alors que l’Érythrée est un des pays les plus pauvres du monde. C’est tout le village qui doit se cotiser, mais bien souvent cela n’est pas suffisant.

En plus, il n’y a aucune assurance de revoir le kidnappé vivant. Pour ceux qui sont libérés, le calvaire est loin d’être terminé. Ils peuvent encore être victimes de réseaux de passeurs ou arrêtés par la police qui dans bien des cas ne ferait pas appliquer la loi égyptienne  n°64 condamnant le crime de traite et protégeant les victimes. D’après certaines organisations de défense de droits de l’homme dont Human Rights Watch, certains membres des forces de sécurité soudanaises et égyptiennes participeraient même à ce trafic en facilitant les actions des trafiquants. Une fois arrêtés, les rescapés sont envoyés en prison avant même d’avoir pu s’enregistrer en tant que demandeurs d’asile.

Rapport de Human Rights Watch © Google images

Un brillant travail d’enquête a été réalisé sur ce sujet par Cécile Allegra et Delphine Deloget intitulé « Voyage en barbarie, sur la piste des réfugiés du Sinaï » pour le journal Le Monde. On y retrouve le témoignage de victimes, de bourreaux mais aussi d’activistes se battant pour la cause de victimes…

 

*[1] http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2013/01/14/le-sinai-et-le-trafic-detres-humains/

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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