Interview de Zukhra Sharipova: Un témoignage sur la vie des immigrés demandeurs d’asile

Elle-même réfugiée politique d’Ouzbékistan, Zukhra Sharipova, a entrepris un travail remarquable sur les demandeurs d’asile en vivant pendant plusieurs mois dans ces centres qui accueillent des familles entières ou des personnes solitaires qui ont tout quitté pour ne préserver qu’une seule chose, leur liberté. Dans l’espoir d’acquérir le statut de réfugié, ces demandeurs d’asile doivent attendre plusieurs années pour espérer recommencer une vie nouvelle. Grâce à notre partenaire Carré sur Seine, nous sommes partis à la rencontre de cette photographe engagée dont le témoignage mériterait d’être partagé.

Tu as fais beaucoup de travaux sur le thème des réfugiés, en dehors de ton histoire personnelle, quel est ton objectif?

« Mon projet est totalement positif, l’objectif est d’informer et de refléter la réalité telle qu’elle est. De montrer qu’il y a aussi de l’espoir dans ces centres d’accueil pour immigrés. Il y a plusieurs familles qui, malgré leur futur assez vague, restent très positives et continuent à espérer, bien qu’elles soient dans des situations difficiles. J’ai trouvé cela magnifique. »

Ils peuvent attendre une dizaine d’années dans les centres avant de recevoir le statut de réfugié.

Tu es toi même réfugiée politique d’Ouzbékistan, ton histoire est-elle similaire à celle de ceux que tu photographies?

« Oui, il y a des situations similaires. Seulement pour moi c’était plus facile, je suis arrivée avec le statut de réfugié tandis que la plupart des immigrants sont demandeurs du statut. Ils peuvent attendre une dizaine d’années dans les centres avant de recevoir le statut de réfugié. »

Lorsqu’on parle avec eux on se rend compte qu’il y a toujours une grande nostalgie, ils ne parviennent jamais vraiment à trouver leur place et ça les renferme dans leur statut d’immigrés.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur le projet « Les portes »?

« Je me suis rendue dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile et j’ai d’abord choisi de prendre en photo les portes de leur chambre puis de les peindre en taille réelle. C’est un projet qui est toujours en cours.

En fait, j’ai choisi de faire cela car les photos réunies ensembles donnent une plus grande force et permettent alors de transmettre un message. Tandis que lorsqu’on voit une porte unique on perd cette sensibilité et cette émotion. »

Pourquoi se focaliser sur les portes?

« Avant de commencer à travailler sur ce projet, j’avais fait des portraits photos des gens dans les centres d’accueil. Apres ça, je suis passée dans un autre centre d’accueil où je n’étais pas allée pendant trois ans. Lors de mon retour, les gens étaient beaucoup plus renfermés que dans les autres centres où j’avais pu aller. Je n’ai pas pu vraiment parler avec eux, je restais toujours devant les portes. J’ai trouvé qu’il y avait une atmosphère particulière, avec ces couloirs étroits et ces portes qui se succèdent. Là, je me suis aperçu que chaque porte avait son histoire, chaque porte avait des détails qui témoignent des personnes qui sont derrières, comme si chaque porte était le portrait de la personne derrière. »

Quel est le futur de ces familles?

« C’est assez vague… Même s’ils acquièrent leur statut de réfugié cela ne sera jamais comme avant. Le pays où ils arrivent restera toujours un pays étranger.

Lorsqu’on parle avec eux on se rend compte qu’il y a toujours une grande nostalgie, ils ne parviennent jamais vraiment à trouver leur place et ça les renferme dans leur statut d’immigrés. »

 

Quels sont les profils des personnes dans les centres d’accueils?

« C’est très varié. Il y a des personnes qui sont seules, sans parents ni enfants. D’autres familles ont tout quitté pour partir ensemble. J’ai fait un petit documentaire vidéo qui en dit plus sur le profil de certaines de ces familles (voir vidéo). »

Tu as également enregistré les voix des personnes dans les centres d’accueil…

« Oui j’ai souhaité donner un aperçu de ce qui se passe à l’intérieur et de permettre aux gens d’écouter, de saisir l’atmosphère qui règne dans ces centres d’accueil. Il y a certains qui se parlent, d’autres qui prient, j’ai pensé qu’il fallait faire écouter toutes ces voix. »

Quel est leur état d’esprit une fois arrivé dans le centre d’accueil?

« Parfois il y a des gens qui regrettent, qui ont pensé que l’Europe leur assurerait un meilleur futur. Mais j’ai aussi parlé à beaucoup de personnes qui viennent de Tchétchénie et qui, malgré leur situation difficile, sans argent ni de grandes perspectives d’avenir, sont très contents. Surtout, ils sont en sécurité et ils sont libres, c’est le plus important. »

Quels sont tes projets futurs?

« Dès Septembre je vais exposer un autre de mes projets sur les réfugiés au Musée de l’histoire de l’Immigration au Palais de la Porte Dorée. Mon travail se concentre sur deux centres en particulier. Un centre d’accueil pour les immigrants âgés qui ont passé toute leur vie dans un centre en France et un autre centre où se sont des jeunes qui viennent d’arriver. Je cherche à faire le contraste entre les familles qui sont là depuis des années et les jeunes qui viennent de débarquer. »

  


Photos: Zukhra Sharipova

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    2 Commentaires

    • Répondre octobre 29, 2014

      Louis

      Magnifique témoignage!

    • Répondre octobre 29, 2014

      Céline Petit

      L’idée de la bande audio est très bonne, bon travail!

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